L’Académie des Sciences de Guinée (ASG) a ouvert sa rentrée académique 2026-2027 ce samedi 17 octobre à Conakry. La cérémonie a été marquée par un appel à renforcer la recherche scientifique, l’innovation et la formation du capital humain pour accompagner la transformation économique du pays à l’horizon 2040. Ce rendez-vous a connu la présence de plusieurs personnalités, dont le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Djami Diallo, ainsi que des universitaires, chercheurs, diplomates et anciens responsables gouvernementaux. Le thème « Technologie et Innovation : Pourquoi devons-nous y accorder une priorité absolue pour le développement de notre pays ? »

À cette occasion, le président de l’Académie des Sciences de Guinée, le professeur Mamadou Aliou Baldé, a rappelé la nécessité de faire de la science un levier essentiel de transformation économique et sociale. « La science doit constituer un pilier essentiel de notre développement », a-t-il souligné, insistant sur l’importance d’une recherche davantage orientée vers les priorités nationales.

Depuis sa création, l’ASG affirme avoir travaillé sur plusieurs domaines, notamment la santé publique, la pharmacopée et la médecine traditionnelle, la biodiversité, l’intelligence artificielle, le numérique, le patrimoine culturel et le développement durable. À travers ses activités, l’institution entend rapprocher les connaissances scientifiques des besoins de la société et des décisions publiques.
Ayant pris part à cette cérémonie, l’ancien Premier ministre Kabiné Komara, dans son intervention, a mis en évidence le paradoxe d’une Guinée riche en ressources naturelles, mais confrontée à la nécessité de renforcer ses capacités scientifiques, technologiques et industrielles.

Cette réflexion prend une dimension particulière avec le programme Simandou 2040. Les investissements attendus dans les infrastructures ferroviaires, portuaires et minières représentent des opportunités de développement, à condition qu’ils contribuent également à la formation des travailleurs guinéens, au transfert de compétences et à l’émergence d’entreprises nationales capables de fournir des services spécialisés.
La maîtrise des équipements industriels, la maintenance, la géologie, la métallurgie, l’électricité, les télécommunications et les technologies numériques figurent parmi les domaines dans lesquels le pays devra développer des compétences locales.
Au-delà du secteur minier, la recherche scientifique est également appelée à contribuer au développement de l’agriculture, à la gestion des ressources en eau, à la protection de la biodiversité et à la transition numérique. La réduction des pertes post-récolte, l’amélioration des techniques d’irrigation, la connaissance des sols et l’utilisation des données météorologiques constituent notamment des pistes pour renforcer la productivité agricole.
L’intelligence artificielle représente, elle aussi, une opportunité pour améliorer certains services administratifs, analyser les données et soutenir la prise de décision. Son utilisation nécessite toutefois des compétences adaptées, des mécanismes de vérification et un cadre éthique garantissant la fiabilité des résultats.
Au cours de la conférence inaugurale, plusieurs axes de recherche ont été présentés comme prioritaires pour la Guinée. Ils concernent notamment le développement spatial, la gestion des ressources hydriques, les recherches sur le vivre-ensemble, la connaissance du milieu marin, le contrôle des cargaisons minières, l’identification des métaux critiques, la valorisation de la flore et l’accompagnement de l’innovation chez les jeunes.
Le contrôle des exportations minières a également été évoqué comme un enjeu de souveraineté économique. La fiabilité des instruments de pesée, la qualité des analyses de laboratoire et la vérification indépendante des cargaisons sont essentielles pour permettre à l’État de mieux contrôler les quantités exportées et de sécuriser ses recettes.
La biodiversité guinéenne constitue un autre domaine à fort potentiel. Sa connaissance et sa valorisation scientifique pourraient favoriser le développement de produits issus des ressources végétales, tout en préservant les écosystèmes et en tenant compte des savoirs traditionnels.
Pour accompagner ces ambitions, la formation du capital humain demeure déterminante. La disponibilité d’infrastructures et d’équipements ne suffit pas sans techniciens, ingénieurs, chercheurs et professionnels capables de les exploiter, de les entretenir et de les améliorer. L’accès des femmes aux carrières scientifiques et technologiques figure également parmi les enjeux à prendre en compte.


Prenant la parole lors de la cérémonie, le président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, a insisté sur la nécessité de renforcer l’utilisation des données scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Il a notamment appelé à apprendre, comprendre et vérifier, soulignant l’intérêt de l’expertise scientifique dans les travaux parlementaires, notamment en matière de budget et d’évaluation des politiques nationales.


De son côté, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Djami Diallo, a souligné l’importance de rapprocher les chercheurs des universités, des entreprises et des administrations. Elle a également évoqué la volonté d’associer davantage l’Académie aux réflexions portant sur la science, la technologie et l’innovation.
Au-delà des interventions et des orientations présentées, cette rentrée académique pose la question de la place effective de la recherche dans les décisions publiques. L’Académie des Sciences de Guinée est appelée à produire des analyses indépendantes, à éclairer les choix des autorités et à contribuer à l’évaluation des politiques de développement.
À l’horizon 2040, le défi pour la Guinée sera donc de convertir une partie de ses ressources naturelles en capacités scientifiques, technologiques et humaines durables. Une ambition qui dépendra autant des investissements dans les infrastructures que des moyens consacrés aux universités, aux laboratoires, à la formation et à l’innovation.
SOW Telico, pour Educationactu.com













