À l’occasion d’une rencontre académique et mémorielle organisée ce mardi 29 septembre 2026 à Conakry, l’historien et chercheur associé au Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), le Pr Maladho Sidy Baldé, a retracé avec précision la trajectoire politique et militaire d’Almamy Bokar Biro Barry. Dernier souverain indépendant de la confédération théocratique du Fouta Djallon, cette figure emblématique de la résistance anticoloniale incarnait l’intransigeance face à la conquête étrangère et le refus de la soumission.
Un dirigeant d’exception au charisme affirmé
Fils d’un des plus illustres Almamys ayant siégé à la capitale historique de Timbo, Bokar Biro s’est imposé dès sa jeunesse par sa prestance physique, son éloquence, sa maîtrise des armes, de l’art équestre et son érudition en sciences islamiques.
Communément surnommé « Fanku wattoɗa », il s’est ancré dans la mémoire collective comme le symbole de la fermeté politique et de la bravoure militaire.
Une vision politique articulée autour de cinq piliers stratégiques

Selon les travaux présentés par le Pr Baldé, l’action d’Almamy Bokar Biro reposait sur une feuille de route stricte face aux mutations et aux périls de son époque :
La rupture avec les habitudes traditionalistes : L’introduction d’innovations institutionnelles qui ont suscité une vive compétition politique, y compris au sein de sa propre faction familiale (Sorya) ;
La centralisation du pouvoir : La lutte contre les velléités d’autonomie des neuf provinces (diwe) du Fouta, visant à restaurer l’alliance originelle entre autorité temporelle et spirituelle ;
La cohésion nationale : La consolidation des fondements de la confédération par le rétablissement de la sécurité et de l’unité territoriale ;
Le rejet de l’ingérence extérieure : L’opposition catégorique aux prétentions des chefs voisins, des comptoirs côtiers et de l’armée coloniale française progressant depuis le Haut-Niger ;
La défense absolue de la souveraineté : Le sacrifice ultime pour préserver l’indépendance de la nation.

La bataille de Porédaka : Dénouement tragique et démantèlement de la confédération
Revenant sur les affrontements successifs de Bantignel, Pettel Djiga et enfin Porédaka, l’historien a analysé les facteurs ayant conduit à la défaite ultime de l’Almamy face à une coalition réunissant troupes coloniales et opposants internes.
« La décapitation de Bokar Biro et l’exhibition de sa dépouille découlaient de la volonté des forces coloniales d’apporter la preuve irréfutable de la défaite d’un souverain perçu par ses contemporains comme invincible. » Pr Maladho Sidy Baldé, historien, chercheur associé au CIRD.
Ce dénouement dramatique a scellé la destitution des chefs provinciaux, la dissolution de la confédération théocratique du Fouta Djallon et son intégration forcée dans l’ensemble colonial français, marquant un tournant majeur dans l’histoire des résistances ouest-africaines.
Hommage scientifique et préservation de la mémoire nationale

Saluant l’engagement du gouvernement guinéen et du Ministère de la Culture sous le leadership du chef de l’État, Mamadi Doumbouya, le Pr Maladho Sidy Baldé a rappelé l’urgence de documenter et d’enseigner cette histoire aux jeunes générations.
Dédiant sa communication à la mémoire de son mentor, le regretté Pr Djibril Tamsir Niane, le chercheur associé au CIRD a appelé la communauté scientifique à poursuivre les recherches pour enrichir le patrimoine mémoriel national.


SOW Telico, pour Educationactu.com
Tel : 00224 628 43 79 52














