Ce samedi 10 octobre 2026, l’Académie des Sciences et de Guinée (ASG) a abrité la célébration en différé de la Journée internationale de la médecine traditionnelle. Réunissant la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Dr Makalé Traoré, des figures scientifiques majeures, des responsables sanitaires et des tradipraticiens, cette rencontre de haut niveau visait à poser les jalons d’une intégration structurée de la pharmacopée nationale au système de santé publique, en vue d’atteindre la couverture sanitaire universelle.
Une ambition nationale : De la tradition empirique à l’industrie du phytomédicament
Placée sous le thème de la réflexion sur la recherche et le développement de la médecine traditionnelle dans la région africaine, la rencontre a mis en lumière le potentiel économique et thérapeutique du patrimoine végétal guinéen.
Intervenant à cette occasion, le Pr Mamadou Aliou Baldé, président de l’Académie des Sciences de Guinée (ASG), a dressé un bilan très encourageant des acquis accumulés depuis plusieurs décennies.
« Grâce aux efforts conjugués des chercheurs, des professionnels de santé et des acteurs du développement, la Guinée dispose aujourd’hui d’importants résultats dans la prévention et la prise en charge de nombreuses pathologies infectieuses et chroniques. » Pr Mamadou Aliou Baldé, Président de l’Académie des Sciences de Guinée.
Plaidant pour l’émergence d’une véritable filière industrielle locale, le président de l’ASG a invité les décideurs à tirer parti du programme stratégique Simandou 2040 pour orienter des investissements structurants vers la recherche scientifique, le laboratoire et la production de médicaments d’origine végétale.
Défis institutionnels : Encadrer la pratique pour éradiquer les dérives
Si le potentiel est immense, les obstacles administratifs et opérationnels demeurent réels. La directrice nationale de la Santé communautaire et de la Médecine traditionnelle, Dre Makony Donzo, a rappelé l’existence de leviers réglementaires solides à l’image du plan stratégique 2023-2027, tout en pointant le déficit récurrent de financements et le cloisonnement persistant entre médecine moderne et tradipraticiens.
Ce manque de synergie institutionnelle et opérationnelle engendre des risques majeurs pour la sécurité sanitaire des populations. Parmi les principales menaces identifiées figurent :
La prolifération de faux praticiens : l’absence de filtre rigoureux et de mécanismes de régulation clairs ne permet pas de distinguer de manière fiable les tradipraticiens légitimes des charlatans.
La circulation de produits non homologués : l’absence d’analyses toxicologiques et pharmacologiques approfondies expose les usagers à des risques avérés de contamination, d’effets secondaires graves ou de surdosage.
La rupture de confiance : la persistance d’une méfiance mutuelle entre le corps médical conventionnel et les acteurs de la pharmacopée traditionnelle freine toute collaboration constructive au service des patients.
Pour inverser cette tendance, la direction nationale annonce un plan de modernisation axé sur la cartographie complète des tradipraticiens, la formation continue, le resserrement des liens avec les centres de recherche et la publication très attendue du premier volume de la Pharmacopée nationale guinéenne.
La recherche scientifique en pointe : Plus de 50 publications et des brevets internationaux
Sur le plan de la validation scientifique, les instituts de recherche nationaux affichent des résultats concrets. Le Pr Elhadj Saidou Baldé, directeur général de l’Institut de Recherche et de Développement des Plantes Médicinales et Alimentaires de Guinée (IRDPMAG), a mis en avant la maturité des travaux menés dans les laboratoires guinéens.
Avec plus de cinquante publications scientifiques et plusieurs brevets internationaux à son actif notamment pour le traitement de l’hypertension artérielle, du diabète et du VIH , l’IRDPMAG entend accélérer la mise sur le marché de solutions thérapeutiques abordables, scientifiquement évaluées et sécurisées pour la population.
Vers un dialogue permanent entre chercheurs et praticiens de terrain
Sur le terrain, la volonté de rompre avec l’isolement est partagée par les tradipraticiens eux-mêmes. Conscients des limites de l’empirisme face aux exigences de santé publique, ces derniers appellent à un rapprochement systématique avec les universitaires et les laboratoires de la CSIG.
Les échanges ont également souligné l’importance d’une meilleure collaboration entre les chercheurs et les tradipraticiens. Pr Sylvin Haba,tradipraticien estime que ce rapprochement était indispensable pour faire progresser le secteur.
« Ce que nous sommes en train de constater présentement, c’est qu’avec la bonne collaboration des chercheurs, ça pourra vraiment avancer », a-t-il déclaré.








Ce dialogue inclusif, combiné à l’accompagnement de la CSIG et du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS), positionne la Guinée sur la voie d’une souveraineté médicale responsable, capable d’allier authenticité culturelle et rigueur scientifique au bénéfice de tous.
Par SOW Telico, pour Educationactu.com














