La Guinée accélère ses démarches pour obtenir la restitution de biens culturels et de restes humains de figures de la résistance anticoloniale. Réunis ce mardi 29 septembre 2026 à Conakry autour du panel « Le retour des ancêtres : Mémoire, dignité, transmission », les acteurs guinéens et français ont fait le point sur les volets scientifiques, juridiques et institutionnels du processus.
Au cœur de cette démarche, le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) met en avant un travail de documentation et d’expertise engagé depuis plus d’une décennie. Sa présidente du Conseil d’administration, Dre Safiatou Diallo, rappelle que la constitution de référentiels patrimoniaux figure parmi les projets fondateurs de l’institution.
Le dispositif repose notamment sur le recensement, la documentation, la numérisation, la recherche de provenance des objets et restes humains, ainsi que la transmission et la valorisation des connaissances. Le CIRD a également mis en place, avec l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia-Conakry, un Master en Gestion et Conservation du Patrimoine (GESCOP) destiné à renforcer les compétences nationales. « Notre équipe veille à maintenir une stricte objectivité scientifique et travail sans relâche pour documenter le parcours des biens et les restes humains. Pour citer Jacques Derrida, nous avons fait “vœu de vérité”. Les comités scientifiques travaillent de manière hebdomadaire pour produire des expertises sur les itinéraires précis des objets et des restes humains », a expliqué Dre Safiatou Diallo.
Les travaux portent notamment sur deux figures de la résistance anticoloniale, l’Almamy Samory Touré et l’Almamy Bokar Biro Barry. Des comités pluridisciplinaires documentent les conditions de saisie ainsi que les lieux de conservation actuels des biens et restes humains concernés. Le CIRD prévoit notamment de transmettre au ministère des recommandations concernant les restes de Bokar Biro Barry et de ses compagnons d’armes tombés à Porédaka.
À l’ouverture du panel, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a indiqué que deux demandes officielles de restitution avaient été transmises à Paris en juillet 2026. Le gouvernement souhaite désormais un calendrier précis pour la suite de la procédure.
« Il s’agit d’un port vital de notre patrimoine national. C’est l’exigence sacrée d’un retour de la dignité de nos ancêtres. Ramener ces reliques et ces dépouilles, c’est réparer une amputation mémorielle. Nous voulons un calendrier clair, précis et surtout resserré. Nous ne voulons pas d’un processus qui s’enlise dans les méandres de la bureaucratie », a déclaré le ministre.
Côté français, l’ambassadeur chargé de la coopération internationale dans le domaine du patrimoine, Jean-Luc Martinez, a évoqué les évolutions du cadre juridique français, notamment la législation sur les restes humains de 2023 et la loi-cadre sur les biens culturels du 9 mai 2026.
Selon lui, les deux demandes guinéennes sont actuellement en cours d’instruction. « Après un premier transfert réalisé au profit de Madagascar, la Guinée pourrait devenir, d’ici quelques mois, le premier pays à bénéficier simultanément de ces deux cadres législatifs. Les deux demandes formalisées en juillet 2026 sont en cours d’instruction. La France tiendra ses engagements. »
Au-delà des restitutions, la démarche s’inscrit dans une politique plus large de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel guinéen. Pour le CIRD et le ministère, l’enjeu est également de renforcer la recherche historique, la transmission de la mémoire et la valorisation du patrimoine auprès des générations futures.


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