Le coup d’envoi du Baccalauréat unique, session 2026, a été donné ce lundi 29 juin sur l’ensemble du territoire guinéen. Parmi les 17 996 candidats de la commune de Ratoma, le profil d’Idiatou Barry, jeune malvoyante alignée en Sciences sociales à l’école primaire Kipé 2, incarne la résilience d’une jeunesse déterminée à briser les barrières de l’exclusion par le savoir. Récit d’un combat ordinaire pour un objectif extraordinaire : le « coup KO ».
Un coup d’envoie sous le signe de l’inclusion à Ratoma
Les chiffres officiels traduisent l’ampleur de l’événement dans la commune de Ratoma. En coordination avec Lambanyi et Sonfonia, ce sont 17 996 candidats, dont 8 628 filles, qui affrontent les épreuves de cette session 2026, répartis dans 41 centres d’examen.
Derrière la rigueur statistique de ce grand rendez-vous national, l’école primaire Kipé 2 se distingue cette année. Les autorités y ont symboliquement lancé les épreuves, dans un centre qui abrite une salle spécifiquement dédiée aux candidats malvoyants. C’est là, dans l’intimité et la concentration des derniers instants précédant la première épreuve, que s’est dessinée la trajectoire inspirante d’Idiatou Barry.
La stratégie de la constance : deux ans de préparation intensive
Pour cette candidate de la filière Sciences sociales, le Baccalauréat n’est pas le fruit d’un bachotage de dernière minute. C’est le prolongement d’une discipline de fer amorcée dès la classe de 11e année, avec une ambition claire : intégrer le cercle très fermé des lauréats de la République.
« J’ai commencé à préparer le bac bien en amont. Dans mon esprit, il était clair que je devais devenir lauréate. Mes amis et mes professeurs m’ont apporté un soutien précieux. J’ai partagé les mêmes sacrifices que les autres, avec des sessions de révision quotidiennes s’étalant de 8 heures à 19 heures, et parfois jusqu’à 22 heures. Aujourd’hui, je suis prête », confie-t-elle avec une sérénité retrouvée, après avoir dompté le stress des premiers jours.
Le système D face aux failles de l’accessibilité scolaire
Le parcours d’Idiatou Barry met en lumière les défis structurels liés à l’inclusion des élèves en situation de handicap visuel dans le système éducatif guinéen. L’accès au contenu des cours repose encore trop souvent sur la solidarité informelle entre élèves, une béquille humaine parfois difficile à solliciter en conditions réelles.
Le défi de la prise de notes en temps réel
Dans une salle de classe ordinaire, le rythme dicté par l’enseignant pénalise mécaniquement l’élève malvoyant. Idiatou Barry décrit sans fard cette dépendance quotidienne :
La double charge pour les camarades : Écrire pour soi tout en dictant pour une autre s’avère complexe.
La peur du retard : Certains élèves hésitent par crainte de rater les explications du professeur.
La résignation forcée : L’obligation d’attendre la fin du cours pour espérer rattraper les enseignements.
Surmonter la frustration par la résilience
Cette réalité engendre une charge émotionnelle lourde. « Parfois, je me sens frustrée, surtout quand tout le monde écrit et que je reste à attendre. Il m’arrive d’avoir les larmes aux yeux, mais je me dis que rien n’est fait pour rien », confie la candidate. Une maturité précoce face à l’adversité.
L’école comme unique vecteur d’émancipation
Loin de s’apitoyer sur son sort, Idiatou Barry transforme son expérience en un plaidoyer pour l’effort et la persévérance. Son message s’adresse directement à ses pairs non-voyants et malvoyants à travers le pays, les exhortant à refuser la démission sociale.
Pour ces profils exclus par nature des métiers manuels ou de l’artisanat traditionnel (menuiserie, couture, maçonnerie), l’instruction académique ne représente pas seulement une option : elle constitue l’unique voie d’émancipation économique et citoyenne. En visant un « coup KO » dès cette session 2026, Idiatou Barry ne cherche pas seulement à décrocher un diplôme, elle valide un passeport pour l’avenir.
Kadiatou Diallo, pour Educationactu.com





















