Si les vacances scolaires riment avec repos pour les élèves, elles marquent le début d’une période éprouvante pour les enseignants du secteur privé en Guinée. Sans traitement financier pendant trois mois mais confrontés à des charges fixes, beaucoup sont livrés à eux-mêmes.
Rencontré par un reporter de Guineematin.com, Yaya Barry, professeur de français dans la préfecture de Coyah et acteur du système éducatif depuis 2011, dresse le constat d’une crise annuelle récurrente.
Un chiffre édifiant : 98 % d’enseignants non rémunérés l’été
Selon l’enseignant, la non-remunération pendant la période d’arrêt des cours est devenue une norme dans le secteur privé guinéen : « Seuls quelques enseignants ou directeurs bénéficient d’un salaire pendant cette période. Statistiquement, je dirais que près de 98 % des enseignants du privé n’y ont pas droit […]. C’est une difficulté que nous revivons chaque année. » Yaya Barry
Débrouille et petits métiers pour survivre
Pour compenser l’arrêt soudain de leurs revenus et faire vivre leurs familles, les enseignants doivent redoubler d’efforts et diversifier leurs activités :
Les cours de vacances : Une solution limitée qui ne profite qu’aux professeurs des classes d’examen (6ᵉ, 10ᵉ année et Terminale). Pour les classes intermédiaires, le désintérêt des parents ou le manque de moyens réduisent ces cours à seulement quelques élèves, les rendant non rentables.
Le travail journalier en usine : Embauche en intérim ou en services de nuit.
Le transport et le bâtiment : Reconversion temporaire en conducteurs de mototaxis (taxi-moto) ou en manœuvres sur des chantiers de construction.
Le mur des dépenses quotidiennes et le refus des banques
Pendant ces trois mois d’inactivité académique, les charges financières courantes (nourriture, transport, santé, loyer) continuent de peser lourdement :
Un accès quasi impossible au crédit : Les banques refusent d’accorder des prêts aux enseignants du privé, exigeant la caution d’un fonctionnaire d’État (rare à obtenir) et pointant l’absence de revenus stables pendant l’été.
L’entraide financière limitée : La participation à des tontines au cours de l’année scolaire permet à certains de constituer une petite épargne, mais la solution reste insuffisante pour la majorité.
La négociation avec les propriétaires : Pour le logement, les enseignants en sont réduits à demander des moratoires et à rembourser leurs dettes de loyer par petites avances sur salaire dès la rentrée.
L’appel pressant à l’État et aux législateurs
Face à l’impuissance des syndicats et des enseignants face aux fondateurs d’écoles privées, Yaya Barry appelle à une régulation par les pouvoirs publics :
Une décision étatique contraignante : Seul l’État a l’autorité nécessaire pour imposer un cadre réglementaire aux fondateurs d’établissements.
Un salaire d’appoint durant les vacances : Garantir au moins un versement partiel (par exemple 50 % du salaire mensuel habituel) pour assurer le minimum vital durant l’interclasse.
Une intervention parlementaire : Un appel est lancé aux députés pour qu’ils se saisissent du sujet et proposent des lois luttant contre la précarité des enseignants du privé.
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