Avec seulement trois individus encore en vie, la célèbre communauté de chimpanzés de Bossou, en Guinée forestière, frôle l’extinction. Stable pendant des décennies, cette population unique au monde a été décimée par les épidémies et la fragmentation de son habitat. Face à cette situation critique, l’Institut de recherche sur la Biodiversité aux Monts Nimba (IReB-MN), en synergie avec les scientifiques, les autorités et les communautés locales, déploie un plan de sauvetage de la dernière chance.

Chronique d’une extinction annoncée : de 21 à 3 individus
L’histoire moderne des chimpanzés de Bossou s’est accélérée en 1976 avec le lancement d’un programme international de recherche à long terme. À l’époque, la communauté comptait 21 individus, une taille qui s’est maintenue grâce à un équilibre fragile avec les populations humaines locales.
Le grand tournant de cette crise remonte à 2003, lorsqu’une violente épidémie de maladies respiratoires a emporté cinq chimpanzés d’un coup. Ce traumatisme sanitaire a marqué le début d’une spirale descendante. Au cours de la dernière décennie, le déclin s’est dramatiquement accéléré : la communauté est passée de huit membres à seulement trois survivants.
Sur les cinq dernières disparitions, deux vieilles femelles ont été retrouvées mortes dans la forêt, tandis que le destin des trois autres reste un mystère, oscillant entre décès invisible et une improbable émigration.
Urgence absolue : le plan d’action immédiat (2026–2028)
Face à ce seuil critique où chaque perte équivaut à une extinction définitive, une stratégie d’urgence est déployée sur le terrain. Elle s’articule autour de trois axes névralgiques :
Bouclier sanitaire et suivi quotidien

Les maladies respiratoires d’origine humaine restant la menace numéro un, les protocoles scientifiques et touristiques se durcissent :
Zéro contact : Instauration d’une distance minimale d’observation stricte et port obligatoire du masque pour les chercheurs et de rares visiteurs.
Suivi vétérinaire : Création d’une unité locale d’intervention d’urgence et formation d’écogardes pour détecter le moindre symptôme.

Rompre l’isolement par un corridor forestier
L’un des plus grands défis de Bossou est son insularité écologique. Coincés dans une poche forestière résiduelle, les chimpanzés souffrent d’isolement génétique. Le grand chantier de la décennie consiste à développer un corridor forestier reliant Bossou aux forêts voisines du Mont Nimba pour permettre, à terme, l’arrivée de nouveaux individus.
Le pacte communautaire : l’humain au centre du projet
La conservation ne se fera pas contre les populations locales, mais avec elles. Pour réduire la pression anthropique sur la forêt, le plan de sauvetage mise sur une stratégie d’économie verte structurée en trois piliers complémentaires.
D’une part, la création d’emplois verts favorise l’implication directe de la communauté à travers le recrutement de jeunes écogardes, de guides et de pisteurs locaux, ainsi que la mise en place de comités villageois de protection. D’autre part, le développement d’alternatives économiques durables telles que l’apiculture, la gestion de pépinières forestières et l’écotourisme scientifique offre de nouvelles sources de revenus aux habitants. Enfin, un volet indispensable dédié à l’éducation et à la culture vient ancrer cette démarche dans le temps grâce à l’introduction de programmes environnementaux dans les écoles, la diffusion d’émissions de sensibilisation sur les radios en langues locales et l’institutionnalisation d’une « Journée des chimpanzés ».
Une alliance internationale pour financer le sauvetage
Pour porter cette ambition, la Guinée active ses réseaux diplomatiques et scientifiques. La délimitation stricte des zones de conservation intégrale et les patrouilles anti-braconnage demandent des ressources massives.
L’IReB-MN et ses partenaires se tournent vers les grands bailleurs internationaux comme l’UNESCO, l’UICN, le WWF, le Jane Goodall Institute, ainsi que les universités japonaises, pionnières de la recherche à Bossou.
En première ligne sur le terrain, l’IReB-MN reste le garant de cette synergie scientifique et communautaire. À travers ce plaidoyer international, l’institut entend capter des financements d’urgence liés au climat et à la biodiversité pour prouver que la Guinée refuse de voir s’éteindre ce trésor national.
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