Depuis plusieurs semaines, le quartier de Nongo-Lambanyi est le théâtre de phénomènes inquiétants : fissures béantes et mini-secousses font trembler le quotidien des riverains. Ing.Ibrahima Seck, Fonctionnaire au Ministère des Mines et chercheur au CERAD, livre une analyse sans concession : ces manifestations sont les symptômes d’un mal plus profond. Dans cet entretien exclusif, il nous aide à décrypter les signaux d’un sol en mouvement et appelle à une vigilance scientifique immédiate.

Educationactu.com : Monsieur Seck, pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Ibrahima Seck : Je suis Ing. Ibrahima Seck, fonctionnaire au Ministère des Mines et enseignant-chercheur au CERAD (Centre de Recherche Ahmadou Dieng), relevant de l’Université Ahmadou Dieng et de la Chaire UNESCO pour l’Innovation. Je fais également partie d’un panel de chercheurs internationaux travaillant sur les phénomènes liés aux mines, à la géologie et aux risques du sol depuis 2008. Mon travail consiste à comprendre comment le sol se comporte et comment ces phénomènes peuvent impacter les populations ainsi que les infrastructures.
Educationactu.com : Depuis plusieurs semaines, des fissures apparaissent à Nongo-Lambanyi. Récemment, une mini-secousse a même été ressentie. Est-ce inquiétant ?
Ibrahima Seck : Oui, c’est une situation à prendre au sérieux, mais sans paniquer. Il faut comprendre une chose simple : une fissure n’est pas le problème en soi, c’est un signal. C’est le sol qui nous indique qu’il se passe quelque chose en profondeur. La mini-secousse signalée par certains habitants est également un avertissement. Elle peut être liée à un réajustement du sol, à une instabilité locale ou à d’autres phénomènes. Seule une analyse scientifique pourra le confirmer.
Educationactu.com : Expliquez-nous simplement : pourquoi le sol se fissure-t-il ?
Ibrahima Seck : Imaginez que vous construisez une maison sur un sol qui n’est pas parfaitement stable. Avec le temps, certaines parties du sol peuvent bouger, s’enfoncer ou se vider. Quand cela arrive, la surface ne peut pas rester intacte et elle se fissure. Dans le cas de Nongo-Lambanyi, il y a trois explications possibles :
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Le sol peut s’enfoncer de manière inégale.
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Le sol peut glisser lentement.
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Le sol peut se fragiliser de l’intérieur à cause de l’eau.
Dans tous les cas, cela crée des tensions qui finissent par apparaître sous forme de fissures en surface.
Educationactu.com : Pourquoi les fissures reviennent-elles, même après réparation ?
Ibrahima Seck : Parce qu’on traite le visible, mais pas la cause. C’est comme si vous aviez une fuite d’eau et que vous essuyiez seulement le sol sans réparer la canalisation : l’eau reviendra toujours. Si le sol continue de bouger ou de se fragiliser, la fissure réapparaîtra, parfois même de façon plus importante.
Educationactu.com : La mini-secousse peut-elle être liée à ces fissures ?
Ibrahima Seck : C’est possible, mais il faut rester prudent. Parfois, le sol peut se réorganiser brusquement, surtout s’il y a des vides en dessous, ce qui provoque une petite vibration ressentie en surface. Cependant, il peut y avoir d’autres causes. C’est pourquoi il est crucial de collecter des informations précises avant de conclure.
Educationactu.com : Quels sont les signes qui doivent alerter les populations ?
Ibrahima Seck : Il y a plusieurs signaux importants à ne pas ignorer :
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Des fissures qui s’élargissent avec le temps.
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Des fissures qui se propagent de la route vers les maisons.
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Des murs qui se fissurent ou se déforment.
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Des sols qui semblent s’ouvrir ou s’enfoncer.
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Des fissures qui réapparaissent systématiquement après réparation.
Educationactu.com : Que doivent faire les habitants concrètement ?
Ibrahima Seck : D’abord, rester vigilants. Il faut :
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Surveiller l’évolution des fissures.
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Éviter les zones les plus fragilisées.
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Ne pas entreprendre de réparations importantes sans avis technique.
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Signaler toute aggravation aux autorités.
En cas de doute sérieux sur la stabilité d’une habitation, il vaut mieux s’éloigner temporairement. La sécurité est la priorité absolue.
Educationactu.com : Que va faire le CERAD dans cette situation ?
Ibrahima Seck : Le CERAD va mener des enquêtes approfondies pour comprendre la réalité du terrain à Nongo-Lambanyi. Nous allons observer l’évolution des fissures, recueillir les témoignages sur la mini-secousse et analyser les conditions du sol pour proposer des explications scientifiques. Nous prendrons également contact avec les autorités compétentes pour partager nos observations et proposer une expertise plus large.
Educationactu.com : Est-ce que ce problème concerne uniquement Nongo-Lambanyi ?
Ibrahima Seck : Non. Ce type de situation peut se produire dans plusieurs zones, surtout là où l’urbanisation est rapide. Cela pose une question fondamentale : connaît-on suffisamment le sol avant de construire ? Le sol n’est pas qu’un support, c’est un élément vivant qui réagit à l’eau, au poids des bâtiments et à son environnement.
Educationactu.com : Un dernier message pour les populations ?
Ibrahima Seck : Oui. Il ne faut ni paniquer, ni ignorer la situation. Le sol nous envoie des signaux à travers ces fissures et ces secousses. Si on les comprend à temps, on peut éviter des accidents graves. La bonne attitude est un mélange de vigilance, de prudence et de confiance dans la science.
Interview réalisée par : SOW Telico pour Educationactu.com





















