Face à la fragmentation des systèmes d’information, aux défis de l’hébergement des données sensibles et à l’influence croissante des bailleurs internationaux, la Guinée doit impérativement structurer sa stratégie de santé numérique. C’est le pari ambitieux que lancent conjointement les Groupes de Travail (GT) « Santé » et « Innovation, Digitalisation et Nouvelles Technologies » du réseau France Alumni Guinée, à travers un cycle de trois Meetups dont le premier se tiendra ce 18 novembre 2026 à Conakry.
Comment garantir la confidentialité des dossiers médicaux des Guinéens ? Où sont physiquement hébergées les données issues de la surveillance épidémiologique ? Les hôpitaux de Conakry à Nzérékoré disposent-ils de systèmes capables de communiquer entre eux ? Ces questions, longtemps reléguées au second plan, sont aujourd’hui au cœur des préoccupations des experts nationaux.
Pour y répondre, le réseau France Alumni Guinée, fort du récent lancement de ses Groupes de Travail (GT) thématiques en juin dernier, a décidé de frapper fort en proposant une initiative transversale. L’objectif n’est plus seulement de débattre, mais de « transformer l’expertise des Alumni en contributions concrètes ».
Un cycle en trois temps pour un diagnostic complet
Contrairement à un simple webinaire éphémère, les organisateurs ont fait le choix d’un format ambitieux étalé sur trois temps forts :
- L’état des lieux (18 novembre 2026) : Organisé avec et à la Cité des Sciences et de l’Innovation de Guinée (CSIG), ce premier rendez-vous réunira l’écosystème local (Ministères de la Santé et du Numérique, hôpitaux, chercheurs, startups) pour dresser un panorama des l’écosystème actuel, des infrastructures existantes, du schéma directeur et stratégie santé numérique aux questions de l’identifiant patient unique.
- Le nerf de la guerre, le financement (Date à venir) : Les systèmes d’information sanitaire guinéens sont trop souvent bâtis projet par projet, bailleur par bailleur, et restent cloisonnés et non interopérables. Ce deuxième webinaire vise à identifier les leviers concrets pour décloisonner l’existant et le rendre interopérable : normes communes, gouvernance nationale des données et alignement des partenaires techniques et financiers.
- L’inspiration régionale et les recommandations (Date à venir) : Ce dernier volet s’ouvrira sur l’international, avec notamment un regard croisé sur des approches de pays africains comme celle du Burkina Faso en matière de rapatriement de données (G-Cloud), avant de synthétiser les échanges.
Les GT d’Alumni, fers de lance de cette réflexion décloisonnée
Cette approche multi-dimensionnelle est le fruit d’une collaboration étroite entre deux pôles d’expertise. Dr. Alpha Diallo, référent du GT Santé (coordonné respectivement par Pr. Alpha Kabiné Keita et Mr Thierno Baldé, ndlr) souligne l’urgence de la démarche : « Les données de santé ne sont pas de simples suites de chiffres. Elles conditionnent la planification sanitaire de notre pays : une surveillance capable de détecter suffisamment tôt une épidémie, une politique sanitaire bien pilotée, un patient mieux soigné.. Aujourd’hui, nous avons besoin de systèmes qui parlent le même langage pour améliorer la qualité des soins. Ce cycle est l’occasion de mettre tous les acteurs du chercheur au praticien libéral autour de la même table. »
De son côté, Pr. Gayo Diallo, référent du GT Innovation, Digitalisation et Nouvelles Technologies (coordonné par Messieurs Ismaël Camara et Mamadou Misbaou Barry, ndlr) rappelle que la technique doit servir l’indépendance nationale : « L’enjeu dépasse largement l’installation d’un logiciel dans un hôpital régional. Nous parlons d’architecture numérique, d’interopérabilité, de cybersécurité et surtout, de souveraineté. Si nous ne maîtrisons pas nos données, qu’elles soient hébergées à l’étranger ou éparpillées dans des programmes verticaux, nous ne pouvons pas bâtir une politique publique pérenne. »
Une synergie avec l’initiative DounIA de la CSIG
Signe que ce sujet mobilise au-delà du réseau Alumni, la première rencontre est organisée en collaboration avec la CSIG. Les conclusions de ce cycle serviront d’ailleurs de socle à d’autres réflexions d’envergure nationale.
La coordinatrice de l’initiative DounIA (Données Numériques et Intelligence Artificielle), portée par la CSIG, Mme Bany Bah voit dans ce partenariat une formidable opportunité : « L’intelligence artificielle en santé ne peut exister sans des données fiables, standardisées et éthiquement collectées. Les constats et la cartographie qui émergeront de ces Meetups vont directement alimenter nos propres tables rondes. C’est un travail de défrichage préliminaire indispensable pour que la Guinée puisse, demain, utiliser l’IA de manière sûre et souveraine. »
Vers un Livre Blanc à destination des décideurs
L’ambition affichée est claire : ne pas se contenter d’un constat d’échec. L’audience, qui intègrera également la relève des établissements d’enseignement supérieur dont celle de l’Université Gamal Abdel Nasser (UGANC), de la médecine à l’informatique, sera mise à contribution pour identifier les failles (comme le caractère relativement limité d’un équivalent guinéen de la CNIL) et les goulots d’étranglement.
Au terme de ce cycle et dans l’esprit des GTs France Alumni Guinée, l’idée est d’élaborer un Livre Blanc circonstancié. Ce document stratégique compilera recommandations institutionnelles, bilans des coordinations financières et leçons régionales. Il sera remis aux autorités pour soutenir la mise en œuvre de la politique nationale de santé numérique.
Informations pratiques pour la 1ère rencontre :
- Date et Heure : Mercredi 18 novembre 2026, de 16h à 18h.
- Lieu : CSIG, Rogbané, Taouyah, Conakry et accessible en ligne [Lien].
- Inscriptions : Contactez
- diallo@institutfrancais-guinee.fr ou le +224 611 80 22 22
- bah@csig.org
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