Notes non renseignées, élèves absents de la base, matricules qui ne correspondent pas au niveau réel : des parents de Koundara, Conakry, Gaoual et Léro disent craindre que leurs enfants doivent reprendre des classes déjà validées en 2025-2026. En cause, selon eux, la plateforme numérique de la Direction générale des examens et contrôle scolaire (DGECS). Son directeur général, Mamady 49 Keïta, défend la réforme et indique la démarche pour régulariser les dossiers.
Des familles inquiètes en pleine année scolaire 2026-2027
Alors que l’année scolaire 2026-2027 est en cours, des témoignages de parents d’élèves se multiplient. Ils portent sur des difficultés d’enregistrement des données sur la plateforme de la DGECS : notes absentes, élèves non enregistrés, matricules attachés à un mauvais niveau. Ces situations, rapportées par les familles, pourraient obliger certains élèves à refaire une classe qu’ils estiment avoir validée.
Une réforme engagée depuis 2024
Depuis 2024, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, à travers la DGECS, numérise la gestion des parcours scolaires. L’objectif est de centraliser les données des apprenants, de renforcer la crédibilité des évaluations et de mieux encadrer le passage d’une classe à l’autre.
Le dispositif s’est déployé en deux temps :
2024-2025 : les établissements publics et privés devaient inscrire les élèves de 7e et de 11e année sur la plateforme dgecsecoles.com. Chaque élève a reçu un numéro matricule, les notes des compositions ont été saisies, et les résultats ont été proclamés par préfecture.
2025-2026 : le système a été étendu aux classes intermédiaires du primaire et du secondaire, à l’exception de la 9e année.
Ce que disent les parents
À Kamabi (Koundara) : des notes qui manquent
Dans le district de Kamabi, préfecture de Koundara, des élèves de 3e et de 4e année en 2025-2026 seraient classés parmi les redoublants. Selon les parents, leurs notes n’ont pas été renseignées sur la plateforme.
« Nous sommes très découragés lorsqu’on nous a dit que tous les enfants qui avaient fait la 3e et la 4e année l’année passée doivent reprendre ces classes cette année, parce que leurs notes n’ont pas été renseignées sur la plateforme », explique Moundjourou Baïlo, résident de Kamabi.
Il affirme avoir alerté le président de l’Association des parents d’élèves et amis de l’école (APEAE), qui a informé le DSEE [sigle à développer et à confirmer : Direction sous-préfectorale de l’éducation ?]. « Ce dernier a répondu qu’il allait gérer la situation. Les enfants ont été installés dans les classes supérieures, mais notre inquiétude demeure : une solution sera-t-elle effectivement trouvée au niveau de la plateforme ? », s’interroge-t-il.
À Conakry : un matricule resté en 7e année
Alpha Saliou Diallo raconte que son jeune frère avait échoué à l’examen d’entrée en 7e année en 2024, en candidat libre. Il a pourtant intégré la 7e année en 2024-2025, tout en repassant le Certificat d’études élémentaires (CEE), auquel il a été admis. Il a ensuite suivi la 8e année en 2025-2026 et devait passer en 9e.
En préparant un transfert vers une autre école, Alpha Saliou Diallo a constaté que le matricule de son frère restait rattaché à la 7e année. « J’ai souhaité qu’il change d’école. Lorsque j’ai demandé les dossiers pour le transfert, j’ai découvert qu’il devait reprendre la 7e année, car, depuis son admission à l’examen du CEE, son numéro matricule est toujours au niveau de cette classe. Voilà la situation dans laquelle nous nous retrouvons », déplore-t-il.
À Malanta (Gaoual) : des enfants venus de Guinée-Bissau
Abdoulaye Diallo indique que des enfants scolarisés en portugais en Guinée-Bissau risquent d’être placés en première année. « On a ici plusieurs enfants venant de la Guinée-Bissau, où ils suivaient des cours en portugais. On a voulu les inscrire ici, mais le directeur de l’école nous a dit qu’ils allaient être installés en première année », rapporte-t-il.
À Léro : un transfert bloqué faute de matricule
Mamadou Sidibé voulait transférer son enfant, qui doit entrer en 6e année, de l’école publique, où les enseignants manquent, vers un établissement privé. L’école privée a exigé le matricule. « Je suis allé voir le directeur de l’école où il a fait la 5e année, mais ce dernier m’a dit qu’il n’avait pas inscrit les enfants sur la plateforme. L’école privée m’a alors fait comprendre que mon enfant ne pouvait pas être reçu dans son établissement », raconte-t-il.
Un enfant rétrogradé malgré un bulletin
Mamadou Saliou Bah affirme que son enfant, déclaré admis en deuxième année, a été replacé en première année à la rentrée 2026-2027, alors qu’il est dans le même établissement privé depuis la maternelle. Selon lui, l’école invoque l’absence d’extrait de naissance. « Nous demandons aux autorités de nous aider, car nous, les parents, n’avons pas été informés », lance-t-il.
La réponse du directeur général
Interrogé sur ces cas, Mamady 49 Keïta replace d’abord la réforme dans ses objectifs. « Ce qui nous a motivés à mettre en œuvre la plateforme, c’est de crédibiliser les évaluations des classes intermédiaires et les examens nationaux. La plateforme empêche désormais le passage automatique que certains élèves faisaient », explique-t-il.
Il rappelle la logique de progression : « Pour être candidat au BEPC [Brevet d’études du premier cycle], il faut avoir réussi l’examen du CEE et, pour être candidat au baccalauréat, il faut avoir le BEPC. Nous demandons aux écoles les résultats des classes intermédiaires et nous proclamons les résultats à l’image des examens nationaux. »
Selon lui, le dispositif vise aussi à empêcher qu’un élève qui échoue se réinscrive ailleurs dans la classe supérieure. « Maintenant, avec ce système, quand un enfant échoue dans une classe, il ne peut plus aller dans une autre école s’inscrire dans une classe supérieure », affirme-t-il.
Le directeur général reconnaît des débuts difficiles : « Au départ, certains chefs d’établissement négligeaient l’utilisation de la plateforme, car la réforme est à ses débuts. »
Que faire pour régulariser un dossier ?
La DGECS indique une voie de recours pour les écoles qui n’ont pas inscrit leurs élèves ou qui rencontrent des difficultés. « Nous demandons à toutes les écoles qui n’ont pas pu inscrire les enfants dans le système ou qui rencontrent des difficultés de contacter les structures décentralisées au niveau des DPE ou DCE [Directions préfectorales et communales de l’éducation, à confirmer]. Nous allons vérifier les dossiers. Si c’est conforme, nous allons intégrer les élèves dans le système », assure Mamady 49 Keïta.
Pour les élèves venus de l’étranger, la procédure passe par une vérification des documents. « Pour les enfants venant de l’étranger, on cherche à avoir l’équivalence à travers leurs dossiers. Leur pays d’origine confirme l’authenticité de ces documents. C’est ainsi que nous les intégrons dans le système et leur attribuons un numéro matricule », précise-t-il.
La qualité des données, enjeu central
Un système numérique de suivi des élèves peut renforcer la transparence des évaluations et limiter les passages non mérités. Mais les cas rapportés montrent que sa fiabilité dépend de la rigueur de saisie des établissements et de la réactivité des services déconcentrés pour corriger les erreurs. Plusieurs parents disent n’avoir pas été informés des nouvelles règles. Ce sont les élèves qui risquent d’en subir les conséquences, pour des manquements administratifs qui ne dépendent pas d’eux.
Les autorités n’ont pas, dans les éléments disponibles, répondu aux cas individuels cités, ni précisé de délai de régularisation.
SOW Telico, pour Educationactu.com
















