Le Syndicat national de l’enseignement franco-arabe de Guinée (SNEFAG) a organisé, samedi 29 août 2026, la deuxième édition de la cérémonie « Les Étoiles de l’Enseignement Franco-Arabe ». L’événement a récompensé les meilleurs élèves issus de ce sous-secteur éducatif, tout en donnant lieu à un plaidoyer appuyé pour la fin des discriminations touchant les lauréats franco-arabes dans l’accès aux concours nationaux.
Une cérémonie dédiée à l’excellence scolaire
Organisée en présence de fondateurs d’établissements, d’enseignants et de représentants du système éducatif guinéen, cette cérémonie a distingué les trois premiers lauréats de chacun des examens nationaux CEE, BEPC et baccalauréat ainsi que les cinq meilleurs candidats du baccalauréat unique dans chaque option.
Les récipiendaires ont reçu trophées, satisfecit, bourses d’études et divers cadeaux, dont des ordinateurs et des tablettes. Un programme de mentorat a également été mis en place pour accompagner leur parcours académique et professionnel.
Fait notable : des lauréats de l’enseignement général avaient également été conviés, dans un souci d’égalité et de partage entre les deux filières.
Le SNEFAG dénonce une discrimination structurelle
Prenant la parole devant les médias, le secrétaire général du SNEFAG, Dr Ibrahima Mansaré, a présenté cette initiative comme un moyen de renforcer la reconnaissance des élèves franco-arabes au sein du système éducatif national.
Il est notamment revenu sur l’historique des bourses d’études destinées aux meilleurs élèves de cette filière, interrompues à partir de 2012 avant de reprendre en 2022.
Le responsable syndical a surtout dénoncé l’exclusion des lauréats franco-arabes de certains concours nationaux, à l’image du Prytanée militaire, qu’aucun élève issu de cette filière n’aurait pu intégrer à ce jour.
« Nos lauréats ne sont pas habilités à participer aux concours nationaux, ce qui est une discrimination totale », a-t-il affirmé, avant de rappeler que plusieurs autorités Primature, Présidence, ministères de la Défense et de l’Éducation auraient été saisies sur ce dossier.
Un appel à la reconstruction des écoles franco-arabes

Dr Mansaré a également plaidé pour une meilleure prise en compte de cette filière dans les politiques publiques, appelant à la reconstruction des écoles franco-arabes publiques ainsi qu’à un relèvement du quota réservé à leurs élèves pour certaines formations à l’étranger, notamment en médecine au Maroc.
Un parrain qui invite à la polyvalence
Parrain de la cérémonie, Dr Mohamed Lamine Savané a invité les jeunes lauréats à ne pas se limiter aux acquis de leur cursus. Il les a encouragés à renforcer leur maîtrise du français et des outils numériques, des compétences qu’il juge indispensables pour évoluer dans l’administration et le monde professionnel.
La voix des lauréats : « Laissez-nous essayer »
Porte-parole de ses camarades, Sadjaliou Sow, premier de la commune de Ratoma au CEE 2026, a exprimé le souhait de nombreux élèves franco-arabes d’embrasser des carrières de médecin, d’ingénieur, d’enseignant ou de militaire.
Il a particulièrement insisté sur l’accès au concours d’entrée du Prytanée militaire, actuellement fermé à leur filière.
« Laissez-nous essayer. Laissez-nous apprendre. Laissez-nous rêver », a-t-il lancé, revendiquant au nom de ses pairs une reconnaissance pleine et entière de leur statut d’élèves guinéens.
Un plaidoyer relayé jusque dans le discours des lauréats

Ce même appel a été repris avec force par le lauréat Aboubacar Sidiki Bangoura, qui a profité de son discours pour interpeller directement les autorités sur l’accès aux dispositifs d’excellence liés au Programme Simandou 2040.
Il a notamment réclamé l’ouverture, aux élèves franco-arabes, des concours d’entrée aux Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) de Dalaba, ainsi qu’à des établissements comme l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire.
Pour lui, il ne s’agit pas de réclamer un privilège, mais bien l’égalité des chances de concourir et de démontrer leur niveau, au même titre que les autres élèves guinéens.
Un ancien élève franco-arabe appelle à l’engagement plutôt qu’à la victimisation

Aujourd’hui acteur du monde des affaires, Elhadj Nouhou Diallo, lui-même ancien élève de l’enseignement franco-arabe, a exhorté les jeunes lauréats à persévérer sans se considérer comme des victimes du système.
Il a rappelé que de nombreux anciens élèves de cette filière occupent aujourd’hui des postes à responsabilité, en Guinée comme à l’étranger.
« Tout ce que les autres peuvent faire pour le pays, nous pouvons le faire », a-t-il affirmé, invitant les jeunes à redoubler d’efforts pour atteindre le mérite recherché.
Un message panafricain venu du Mali
Invité d’honneur de cette édition, Ousmane Yattara, ancien président de l’Union Nationale des Élèves et Étudiants des Médersas du Mali (UNEM), a livré un discours engagé à l’attention de la jeunesse arabophone guinéenne.
Se présentant comme un jeune Africain s’adressant à ses pairs, il a appelé à une prise de responsabilité générationnelle, insistant sur le fait que l’arabophonie ne devait pas être perçue comme une limite mais comme une véritable force intellectuelle et culturelle.
Il a longuement développé une vision du leadership fondée sur le service plutôt que sur le statut, avant d’inviter les jeunes présents à oser entreprendre, même à petite échelle, face aux besoins de leurs communautés.
S’adressant directement aux lauréats, il les a invités à considérer leur distinction non comme un aboutissement, mais comme le point de départ d’un engagement plus large.
« Ne demandez pas seulement quelle place votre pays peut vous donner. Demandez-vous quelle trace vous voulez laisser dans votre pays », a-t-il résumé, avant de conclure son intervention par un bref message en langue arabe.
Des personnalités maliennes et guinéennes présentes
La cérémonie a été marquée par la présence de plusieurs personnalités, dont le Consul du Mali, Aboubacar Konaré, l’Imam Kassoum Traoré, chef de la délégation malienne, ainsi que les entrepreneurs Issa Wané et Mme Wané.
Une filière qui pèse dans le système éducatif national
Selon les estimations avancées lors de la cérémonie, l’enseignement franco-arabe représenterait aujourd’hui plus de 20 % du système d’enseignement général en Guinée.
Ses diplômés seraient déjà présents dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’administration publique, la diplomatie et les représentations consulaires une réalité que les organisateurs présentent comme la preuve du potentiel de cette filière, encore trop souvent marginalisée dans l’accès aux dispositifs d’excellence nationaux.



SOW Telico, pour Educationactu.com














