Face aux enjeux liés au retour en Guinée des restes de l’Almamy Bokar Biro Barry et à la restitution des objets ayant appartenu à l’Almamy Samory Touré, le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) a réuni, ce 12 août 2026, plusieurs historiens et chercheurs guinéens. La rencontre a eu lieu dans les locaux du CIRD à Kipé Dadia Mosquée. Elle visait à définir une démarche scientifique capable d’accompagner l’État dans la réappropriation et la valorisation du patrimoine historique national.
Parmi les participants figuraient notamment les professeurs émérites Ismaël Barry, Sidy Maladho Baldé et Ali Gilbert Iffono, ainsi que les docteurs Safiatou Diallo, Fodé Bangali Keita, Faya Moïse Sandouno, Alioune Bah. On a pu observer également que plusieurs chercheurs des universités de Kankan, de Kindia étaient en ligne pour participer à la rencontre comme Dr Ibrahima Kalil Kaba, Dr Mohamed Sacko, Dr Ibrahima Kalil Sacko et Dr Fatoumata Bamba…
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Programme de Recensement, de Documentation et de numérisation du Patrimoine culturel de la République de Guinée, porté par le CIRD en partenariat avec le ministère de la Culture.

Selon les responsables du centre, ce projet est le fruit d’une réflexion stratégique et visionnaire engagée depuis plusieurs années. Sa mise en œuvre a notamment conduit à la création du Master en Gestion et Conservation du Patrimoine GESCOP et à l’émergence de plusieurs projets dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce projet intègre aussi le retour des patrimoines guinéens détenus à l’étranger
Au-delà de la conservation des archives et des objets historiques, le programme ambitionne de renforcer la cohésion sociale autour des grandes figures de l’histoire nationale et de contribuer à la promotion de la Guinée comme destination culturelle et touristique.

« Il permet de faire cohésion nationale, de nous retrouver autour de nos héros nationaux, de faire de la Guinée une grande destination touristique avec le retour de ses œuvres d’art détenues à l’extérieur, ce qui engendre la réalisation des infrastructures de base à cet effet, et donc produit du développement », a expliqué un représentant du CIRD.

La restitution annoncée des restes de l’Almamy Bokar Biro Barry et des biens de l’Almamy Samory Touré donne une nouvelle actualité aux travaux sur le patrimoine historique guinéen.
Pour le chercheur Dr Alioune Bah, l’enjeu est de parvenir à une position scientifique commune, fondée sur des recherches documentées.
« L’histoire n’est pas une science anodine. Elle permet de faire nation et d’avancer ensemble. Les historiens ont besoin de se retrouver pour harmoniser les éléments de langage et définir une stratégie scientifique claire », a-t-il déclaré.
Dr Safiatou Diallo, historienne et PCA du CIRD a insisté sur la nécessité de documenter avec précision l’origine, la trajectoire et les conditions dans lesquelles ces biens et restes humains ont quitté le territoire guinéen avant de se retrouver dans des institutions étrangères.

Pour les historiens réunis au CIRD, le processus de restitution ne doit pas être uniquement porté par l’agenda politique. Il doit également reposer sur un important travail académique et documentaire.
L’ancien ministre et enseignant-chercheur Dr Ali Gilbert Iffono a notamment rappelé que la recherche historique nécessite du temps et de la rigueur afin de produire des résultats solides et durables. L’objectif est d’éviter que la restitution du patrimoine ne soit réduite à un événement symbolique ou médiatique.

Avec le CIRD, les chercheurs souhaitent donc mettre à la disposition du ministère de la Culture des dossiers scientifiques suffisamment documentés pour soutenir les démarches diplomatiques engagées auprès des autorités françaises.

Les historiens entendent également élargir progressivement les recherches à d’autres figures de la résistance et à d’autres biens culturels guinéens conservés à l’étranger.
Car au-delà des Almamy, Samory Touré et de Bokar Biro Barry, les chercheurs rappellent que l’histoire de la résistance à la pénétration coloniale concerne plusieurs régions du pays.
À l’issue de cette rencontre, le CIRD et les chercheurs réfléchissent à l’organisation d’un symposium scientifique national. Celui-ci devrait permettre d’approfondir les recherches, de présenter des communications historiques et de partager les résultats avec le grand public.


À travers cette démarche, les historiens guinéens veulent contribuer à faire de la restitution du patrimoine un processus fondé sur la recherche, la documentation et la mémoire collective, tout en accompagnant l’État dans ses efforts pour récupérer et valoriser les biens historiques guinéens conservés à l’étranger.
SOW Telico, pour Educationactu.com
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