Ce samedi 6 juin 2026, l’Amphithéâtre D de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a servi de cadre à la cérémonie de dédicace du livre « Parcours scolaires, conditions d’étude, de vie et de travail des étudiants guinéens », du Professeur Alpha Amadou Bano Barry. Publié chez L’Harmattan Guinée dans le cadre du programme Conakry Ville Créative de l’UNESCO en Littérature, cet ouvrage de 185 pages est le fruit d’une enquête colossale menée sur 26 ans auprès de plus de 16 000 étudiants. Il dresse un état des lieux sans complaisance du système universitaire national.
Une œuvre scientifique structurée en cinq parties
Pour livrer cette vision globale de l’université guinéenne, le Professeur Alpha Amadou Bano Barry a organisé son travail autour de cinq axes complémentaires :
L’histoire du système universitaire guinéen.
Les mutations et changements pédagogiques intervenus dans l’enseignement supérieur.
La méthodologie rigoureuse de la collecte des données.
L’analyse des parcours scolaires des étudiants.
Le diagnostic des conditions de vie et de travail des apprenants.
« Le livre, si vous avez la possibilité de le lire, vous trouverez cinq parties », a résumé l’auteur, présentant son œuvre comme un véritable outil au service de l’action publique.
Un outil factuel pour guider les décideurs publics
Loin des suppositions, la démarche du Pr Barry repose sur une rigueur scientifique stricte, matérialisée par un questionnaire standardisé appliqué sur le long terme.
L’ambition affichée par l’enseignant-chercheur est claire : « Cette étude, c’est pour aider les décideurs à prendre des décisions éclairées, intelligentes, non fondées sur ce que je pense ou ce qu’on dit, mais plutôt sur des faits ». Il assure que quiconque souhaite réformer en profondeur le système scolaire, le secondaire ou le supérieur trouvera dans cet ouvrage les clés pour bâtir un système de qualité et de performance.
Radioscopie des données : une précarité structurelle et des paradoxes
Les conclusions de cette enquête de 26 ans mettent en lumière les maux profonds et les quelques évolutions du système éducatif guinéen :
Inégalités géographiques et structurelles : Des disparités majeures persistent entre les établissements privés et publics, mais aussi entre Conakry et les institutions de l’intérieur du pays.
Déficit pédagogique : Le système souffre d’un volume horaire globalement réduit, d’un manque criant de travaux dirigés (TD) et pratiques (TP), ainsi que d’une assiduité insuffisante (bien que les institutions de l’intérieur fassent office d’exception positive).
Crise de l’apprentissage et des infrastructures : L’étude pointe une logique d’apprentissage utilitariste (étudier pour les notes et les examens plutôt que pour s’approprier les savoirs), des bibliothèques saturées, un manque chronique de livres, un niveau de cours jugé faible et des doutes quant à l’éthique des évaluations.
Précarité étudiante et dysfonctionnements en amont : Les grandes tendances mettent en exergue un système préuniversitaire dysfonctionnel, une privatisation accrue du secondaire, des choix de filières fortement stéréotypés et une proportion notable d’étudiants obligés de travailler en parallèle pour survivre.
La note positive du numérique : L’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) a enregistré une progression notable, grimpant de 15 % à 34 %, avec un niveau de compétences appréciable des étudiants sur les outils de base.
Une boussole pour les réformes universitaires en cours
La sortie de cet essai sociologique arrive à un moment charnière pour le système éducatif national. Le gouvernement guinéen a en effet lancé un vaste programme de modernisation des universités publiques, illustré notamment par la pose de la première pierre des chantiers de Kankan en mai dernier.
En apportant une base empirique solide et historique, le Pr Bano Barry offre une boussole inestimable aux autorités pour identifier précisément où agir en priorité, et pourquoi.

Hawaou Barry, pour Educationactu.com











