À l’occasion de la 5ᵉ édition du Salon des entrepreneurs et de l’emploi (SADEN), organisée à Conakry du 3 au 5 juin 2026, le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, a marqué les esprits. Prenant part à un panel consacré au thème : « Compétences et emploi : préparer la main-d’œuvre des (T)PME pour les opportunités Simandou 2040 », le ministre a tenu un discours de vérité sans concession face aux défis de l’insertion et de l’exode des talents.
Compétences et projet Simandou : l’État affine sa stratégie
Aux côtés d’autres intervenants du salon, le ministre a mis en avant les efforts engagés par l’État pour renforcer l’employabilité des jeunes et favoriser leur insertion socioprofessionnelle. Les débats ont mis en lumière les mécanismes actuellement mis en place pour :
Rapprocher les formations des besoins réels du marché du travail.
Préparer efficacement la jeunesse guinéenne aux perspectives économiques majeures liées au développement du mégaprojet Simandou.
S’adressant particulièrement aux jeunes Guinéens, y compris ceux vivant à l’étranger, Alpha Bacar Barry a insisté sur l’importance de la compétence, de l’esprit d’initiative et de l’entrepreneuriat comme leviers incontournables d’insertion professionnelle.
Le modèle des diasporas africaines : rentrer pour créer
Pour le ministre, l’avenir s’écrit désormais sur le continent, et de nombreux jeunes africains formés à l’étranger font aujourd’hui le choix courageux de retourner dans leur pays d’origine pour y construire leur avenir. Évoquant une expérience récente, il a partagé son constat :
« Beaucoup de Guinéens veulent rentrer. Il y a deux semaines j’étais avec la diaspora africaine au parlement britannique. Les Ghanaens, les Nigerians, les Tanzaniens, etc., c’est en centaine qu’ils rentrent chez eux sans aucune proposition. Ils finissent leurs diplômes, ils ont de l’expérience, ils prennent le premier avion, sans le sou, sans emploi, sans proposition, ils rentrent chez eux. Parce qu’ils estiment qu’avec de la compétence, avec un diplôme, tu ne chômes pas. Si tu chômes, tu crées ton propre emploi. C’est cela qu’il faut vendre aux jeunes guinéens. »
Face aux réalités de l’exode : « Vous n’avez pas besoin d’assurance »
Exhortant les jeunes à ne pas attendre des garanties absolues avant de venir contribuer au développement de leur pays, ABB a rappelé, avec un franc-parler assumé, les difficultés quotidiennes auxquelles beaucoup d’entre eux étaient déjà confrontés avant leur départ à l’étranger :
« Vous n’avez pas besoin d’assurance. Quand vous quittiez ici, on va se dire ça en langage réel, c’était par Campus France. À peine vous avez le transport pour aller au centre culturel français. Vous avez connu les délestages d’électricité, vous avez connu les embouteillages. Quelle est la galère que vous allez retrouver à Conakry, que vous n’avez pas connu avant ? »
Le paradoxe de la cueillette des pommes
Dans la même dynamique, le chef du département de l’Enseignement technique a invité la jeunesse à valoriser les opportunités existantes en Guinée, même lorsqu’elles exigent des sacrifices ou des débuts modestes, en lançant une interrogation qui résonne comme un défi :
« Pourquoi vous acceptez d’aller cueillir des pommes en France ou en Italie et vous ne pouvez pas faire la même chose en Guinée ? Revenez, galérez un peu. Parce que vous allez galérer en France, vous allez galérer aux États-Unis. Mais au moins chez vous, vous galérez un peu, mais vous trouverez un emploi. »
Ce message fort, délivré en clôture du SADEN 2026, pose une question centrale pour la réussite du programme Simandou 2040 : celle de la capacité de la Guinée à inspirer confiance à sa propre jeunesse pour qu’elle devienne le premier moteur de sa transformation économique.

SOW Telico, pour Educationactu.com















