Ce samedi, l’ancien Premier ministre et diplomate guinéen François Louncény Fall a animé une conférence-débat devant un auditoire d’étudiants à l’université Nongo de Conakry. Sous le thème « Le monde actuel, défis et perspectives », il a retracé les fils historiques qui relient la Seconde Guerre mondiale aux conflits actuels au Moyen-Orient, avec une lucidité qui a visiblement marqué son jeune auditoire.

De la Seconde Guerre mondiale au Moyen-Orient : une lecture historique sans concession
Pour comprendre le présent, il faut remonter loin. C’est la conviction que François Louncény Fall a défendue devant un parterre d’étudiants et d’invités de marque — parmi lesquels l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré et les anciens ministres Yero Baldé et Makalé Traoré.

Le diplomate a retracé la chaîne des événements depuis 1939 : la Seconde Guerre mondiale, ses 60 à 70 millions de victimes, la destruction de l’Europe et du Japon, l’entrée en guerre des États-Unis après l’attaque de Pearl Harbor, et surtout l’utilisation pour la première fois de la bombe atomique deux fois, par Washington. Un tournant qui, selon lui, a redessiné l’ordre mondial pour les décennies suivantes.
Le nucléaire : un club fermé aux règles à géométrie variable
C’est sur la question nucléaire que l’analyse de François Louncény Fall prend toute sa densité. Cinq pays États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine ont constitué ce qu’il appelle un « club », imposant au reste du monde un traité d’interdiction d’accès à l’arme atomique, tout en la conservant jalousement.

Le cas de l’Iran cristallise ce qu’il considère comme un deux poids deux mesures assumé : « L’Iran était en passe de détenir la bombe atomique. Israël qui se croyait invincible, sans la protection du dôme de fer installé par les Américains pour intercepter des missiles, aurait disparu aujourd’hui avec les missiles iraniens », a-t-il analysé.
La question posée par l’ancienne ministre Makalé Traoré, Israël possède-t-il l’arme atomique ? a reçu une réponse directe : « Officiellement, il n’est pas reconnu qu’Israël possède l’arme nucléaire, mais il en a. »
Réussir en Guinée : le message qui résonne

Elhadj Mamadou Cellou Souaré, fondateur de l’université Nongo Conakry, n’a pas caché sa fierté d’accueillir un tel invité dans ses murs. « C’est un grand honneur de recevoir une personnalité de cette envergure. Son parcours montre que l’on peut réussir en Guinée, sans forcément partir à l’étranger », a-t-il affirmé — un message adressé autant aux étudiants présents qu’à la société guinéenne dans son ensemble.
Quand la conférence prolonge l’amphi

Même tonalité chez Abdoulaye Yéro Baldé, homme politique et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, pour qui ce type d’initiative dépasse le simple cadre de la conférence : « Elle permet aux étudiants de mieux comprendre les mutations politiques, économiques et climatiques du monde », a-t-il souligné, appelant à faire de ces espaces de dialogue un complément régulier de l’enseignement académique.
Dans la salle, une vocation qui se confirme

Dans la salle, les étudiants ont suivi avec une attention rare. Tounkara Aissatou Lamarana, étudiante en sciences juridiques, résume en quelques mots ce qu’elle retient de cette après-midi : « J’ai compris qu’à travers nos rêves, nous pouvons tout accomplir. Moi, je rêve de devenir une grande avocate. »
Une ambition assumée, portée par une conviction simple que la conférence semble avoir renforcée : « Malgré les difficultés, il ne faut jamais abandonner. Il faut croire en soi et travailler dur. »
Une salle conquise, des étudiants inspirés
Au-delà de l’analyse géopolitique, la rencontre a produit un effet inattendu et précieux : celui du contact entre une génération de futurs diplomates et un homme qui a incarné la carrière à laquelle ils aspirent.
« Je ne l’avais jamais rencontré auparavant. C’est une grande première. Je ferai tout mon possible pour lui ressembler, voire le surpasser », a confié l’un des étudiants présents.

Dans la bouche d’une étudiante guinéenne qui vient d’écouter pendant des heures le récit d’un diplomate parti de rien pour parcourir le monde, ces mots sonnent moins comme un vœu que comme une décision.
François Louncény Fall, l’un des rares Guinéens à avoir mené une longue carrière de diplomate international, a confié avoir toujours été animé par cette passion. Ce samedi à Nongo, il l’a transmise, le temps d’une après-midi, à la prochaine génération.

Oury Maci Bah, pour EducationActu.com






















