Lors de la plénière du 17 novembre au CNT, les propos de Dansa KOUROUMA ont mis en lumière une fracture éducative que les infrastructures modernes ne parviennent toujours pas à masquer. L’intervention du président du Conseil national de la transition n’a pas seulement dressé un état des lieux : elle a rappelé l’existence d’un pays à deux vitesses, où les progrès affichés peinent à atteindre les villages et les zones enclavées.
Selon Dansa KOUROUMA, des enfants continuent d’étudier « sous des hangars qui servent de salles de classe ». Cette image, loin d’être anecdotique, illustre un contraste persistant entre les investissements annoncés et la réalité du terrain. Dans plusieurs préfectures, les écoles vétustes ou improvisées constituent encore le quotidien, malgré des programmes de construction et de rénovation présentés comme prioritaires.
Le manque d’enseignants ajoute une autre dimension à la crise. Le président du CNT parle d’un déficit de près de 18 000 enseignants à l’échelle nationale. Une pénurie qui affecte directement la qualité de l’apprentissage, fragilise les établissements ruraux et creuse davantage les inégalités d’accès à l’éducation.
Sur le volet budgétaire, Dansa Kourouma a livré un constat tout aussi préoccupant. Sur les 1 430,4 milliards de francs guinéens mobilisés pour la rétrocession des fonds aux collectivités locales, seuls 131 milliards, soit 9,2 % , seraient réellement parvenus à l’ANAFIC. Une situation qu’il juge contraire à l’esprit de la décentralisation et aux textes en vigueur. Cette faiblesse de redistribution, insiste-t-il, compromet le développement local, en particulier dans les secteurs sociaux.
La question de la dette publique a également été évoquée. Sur un stock audité de 5 000 milliards de francs, seule une faible proportion a été apurée. Le président du CNT dénonce au passage « l’audit postérieur à l’ordonnancement », qu’il qualifie d’illégal, et suggère l’implication accrue de l’Ordre des experts-comptables dans le processus.
Son intervention ne s’est pas limitée à l’éducation ou aux finances locales. Dansa Kourouma a pointé des insuffisances criantes dans les services sociaux de base. À l’hôpital Ignace Deen, l’un des plus grands centres hospitaliers du pays, il évoque l’absence de scanner, des équipements d’animation défaillants et une morgue non équipée. Autant de faiblesses qui traduisent, selon lui, une urgence structurelle.
Tout en dressant ce constat sévère, le président du CNT affirme la volonté de son institution de veiller à une gestion rigoureuse des finances publiques. Il assure que chaque franc dépensé devra être orienté vers l’intérêt collectif et que les politiques budgétaires seront suivies avec vigilance.
Au-delà des chiffres et des déclarations, l’intervention de Dansa Kourouma met surtout en évidence un décalage persistant entre les ambitions affichées par l’État et l’expérience quotidienne des citoyens, notamment en milieu rural. Un rappel, pour les décideurs comme pour les partenaires, que les réformes ne peuvent se mesurer uniquement à travers les projets lancés, mais aussi, et surtout – à travers les conditions dans lesquelles les enfants guinéens apprennent, vivent et grandissent.
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