Face à la montée silencieuse de la résistance aux antimicrobiens dans le secteur de l’élevage guinéen, le Professeur Lanan SOROMOU, Docteur Vétérinaire, lance un appel à la vigilance. À travers une étude pilote récemment menée, il dresse un état des lieux préoccupant sur les pratiques vétérinaires et les conséquences potentielles de cette menace.
Une étude pionnière pour une réalité alarmante
« Nous avons mené une enquête transversale qui a concerné les éleveurs, les techniciens d’élevage, les laboratoires de diagnostic, les pharmacies vétérinaires et les agents des services techniques », explique le Pr SOROMOU. L’étude s’est concentrée sur quelques zones pilotes à savoir Forécariah, Kindia, Mamou, et Kissidougou ; en attendant une extension à d’autres localités comme Dabola, Mandiana ou Beyla.
Les premiers résultats mettent en évidence une présence significative de résistances antimicrobiennes chez les animaux, en particulier dans les élevages de volaille, de petits ruminants et de bovins. « Toutes les espèces sont concernées, mais certaines comme la volaille sont plus exposées en raison de leur forte densité et des traitements fréquents », note-t-il.
Des pratiques à risque
Parmi les causes identifiées, le vétérinaire cite en priorité l’usage anarchique des antibiotiques. « Les antibiotiques sont mal connus, mal utilisés et souvent administrés sans respecter les doses ni les délais de retrait », alerte-t-il. L’automédication animale et la faible supervision vétérinaire contribuent à renforcer le phénomène.
De plus, la méconnaissance des classes d’antibiotiques et de leur spectre d’action chez les acteurs du terrain : éleveurs comme vendeurs de médicaments, aggrave la situation. « Certains utilisent des antibiotiques inadaptés ou à des moments non indiqués, ce qui favorise la sélection de souches résistantes », poursuit le Pr SOROMOU.
Des conséquences qui vont au-delà de l’élévage
Les impacts de cette résistance dépassent largement les frontières du secteur agricole. « Elle entraîne une faible productivité animale, car les traitements deviennent inefficaces face aux germes résistants. Mais elle touche aussi l’humain », insiste-t-il.
Des résidus d’antibiotiques sont retrouvés dans la viande, le lait, les œufs. Une fois consommés, ces résidus peuvent favoriser la résistance bactérienne chez l’homme. Par ailleurs, les déchets médicamenteux mal éliminés contaminent l’environnement. « Ces résidus finissent dans les jardins, les rivières, et reviennent dans notre assiette sous forme de légumes ou d’eau souillée », prévient le Pr SOROMOU.
Pour lutter efficacement contre cette menace, le Pr SOROMOU prône l’approche « Une seule santé », qui lie santé humaine, animale et environnementale. « Chaque acteur qu’il soit vétérinaire, agronome, médecin, environnementaliste ou sociologue a un rôle à jouer dans cette réponse multisectorielle », affirme-t-il.
S’il reconnaît l’existence d’un cadre réglementaire sur l’usage des antimicrobiens, il en dénonce les lacunes : « Le problème n’est pas l’absence de lois, mais leur faible application sur le terrain ». Il appelle ainsi à une prise de conscience collective et à un renforcement des dispositifs législatifs existants.
Des actions concrètes et urgentes
Parmi les recommandations prioritaires, le Pr SOROMOU insiste sur la formation continue des éleveurs, l’équipement et la multiplication des laboratoires vétérinaires de diagnostic, ainsi que la révision des curricula universitaires dans les domaines de la santé et de l’élevage. « L’État a déjà fait beaucoup, mais il faut aller plus loin : équiper davantage les structures existantes et rapprocher les laboratoires des zones de production », suggère-t-il.
Le Pr SOROMOU en appelle à une coordination renforcée entre tous les acteurs concernés, car « la santé animale est indissociable de la santé humaine. Protéger l’une, c’est préserver l’autre » conclut-il.
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