Le monde de l’éducation traverse une zone de fortes turbulences. Alors que l’école devrait être un sanctuaire de stabilité, de dialogue et de construction de l’avenir, elle se retrouve aujourd’hui au cœur d’une guerre ouverte entre acteurs syndicaux. Accusations de détournement, règlements de comptes publics, sorties médiatiques virulentes: le spectacle est désolant, et surtout lourd de conséquences pour le système éducatif.
Ce qui frappe d’abord, c’est la brutalité des déballages. Des différends qui relevaient autrefois des cadres internes sont désormais exposés sur la place publique. Les accusations fusent, parfois sans preuves clairement établies, et les invectives prennent le pas sur l’argumentation.
Dans ce climat délétère, la parole syndicale, jadis porteuse d’espoir et de revendications légitimes, perd en crédibilité et en force.
L’unité syndicale, déjà fragile, vole en éclats. Or, dans un secteur aussi sensible que l’éducation, la division est un luxe que l’on ne peut se permettre. Face à l’État, face aux réformes, face aux défis structurels (conditions de travail des enseignants, rémunérations, infrastructures, qualité de l’enseignement) une voix dispersée est une voix affaiblie. En se livrant à une guerre fratricide, les syndicats risquent de devenir leurs propres fossoyeurs.
Plus grave encore, ce conflit détourne l’attention de l’essentiel : l’élève, l’enseignant et l’avenir du pays. Pendant que les leaders syndicaux s’affrontent, les salles de classe restent surchargées, les enseignants attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations, et les parents s’inquiètent de la stabilité de l’année scolaire. L’opinion publique, elle, observe avec lassitude et incompréhension ce bras de fer permanent.
Les accusations de détournement, si elles sont avérées, doivent être traitées avec rigueur, transparence et responsabilité. Elles appellent des enquêtes sérieuses, pas des procès médiatiques. À l’inverse, si elles sont infondées, elles constituent une grave atteinte à l’honneur et participent à la dégradation générale du climat social. Dans les deux cas, la méthode actuelle est contreproductive.
Il est temps de rappeler une vérité fondamentale : le syndicalisme n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Un moyen de défendre des droits, d’améliorer des conditions de travail et de contribuer à la construction d’un système éducatif performant et équitable. Lorsqu’il se transforme en champ de bataille d’ego et d’intérêts personnels, il trahit sa mission première.
La sortie de crise passe inévitablement par le dialogue interne, la retenue dans la communication et le retour à des valeurs de responsabilité et d’éthique. Les divergences sont normales dans toute organisation, mais elles doivent être gérées avec maturité. L’école n’a pas besoin de scandales supplémentaires ; elle a besoin de solutions.
Dans ce contexte explosif, chacun doit mesurer la portée de ses actes et de ses paroles. Car au delà des syndicats, c’est l’avenir de toute une génération qui est en jeu. Et cet avenir mérite mieux qu’une guerre ouverte et des déballages publics sans issue.
WASSALAM

























