Sous l’égide de l’Union européenne, le projet AMIS déploie une étude anthropologique d’envergure pour repenser la politique migratoire guinéenne. Entre espoir de réussite et réseaux d’exploitation, les premiers résultats présentés à N’Zérékoré ce 12 février 2026 révèlent un fossé générationnel et social frappant.

Un partenariat stratégique pour une migration sûre
Le projet AMIS (Accompagnement, Mobilité, Insertion et Sensibilisation) n’est pas qu’une intention : c’est une action conjointe entre l’UE, Expertise France, Enabel et la Direction Générale des Guinéens de l’Étranger.
Le CIRD (Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement), garant de la rigueur scientifique, mène l’enquête dans 10 localités stratégiques pour :
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Identifier les leviers socioculturels du départ.
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Analyser l’impact réel des messages de sensibilisation.
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Produire des solutions fondées sur des récits de vie authentiques.
N’Zérékoré : 69 voix pour briser les tabous

Ce jeudi 12 février, l’Université de N’Zérékoré a accueilli la restitution de l’enquête menée par le Dr Mamoudou CONDE. Basée sur 69 entretiens approfondis (focus groupes, récits de vie), l’étude met en lumière une fracture nette dans la perception du voyage :
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Le spectre du danger : Portée par les mères et les proches de disparus, cette vision décrit la migration clandestine comme un « chemin de mort ».
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Le mirage du succès : Pour une large partie de la jeunesse, l’exil reste l’unique ascenseur social pour transformer la précarité familiale en réussite économique.

« L’immigration est vue comme un moyen rapide de changer la situation d’une famille dans un pays de rêve, et non dans le pays d’origine. » — Dr Mamoudou CONDE, chercheur associé au CIRD.
Les réseaux de l’ombre et le levier fiscal
L’atelier a permis de pointer du doigt deux facteurs clés de la crise actuelle :
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Le piège du réseautage : Jean Paul MAOMOU (Inspection de la Jeunesse) dénonce des « recruteurs » basés dans les pays de transit (Niger, Mali) qui exploitent la détresse des jeunes pour de l’argent, les laissant souvent bloqués à mi-chemin.
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Le rôle des diplômés : Cé Enock SIMMY (Chef de quartier) mise sur les étudiants comme « leaders d’opinion » pour dissuader les plus jeunes.

La proposition forte : Pour fixer la jeunesse, les acteurs locaux plaident pour un choc fiscal : une exonération totale d’impôts pendant 5 ans pour tout jeune créant son entreprise locale.
Ce qu’il faut retenir


Cette étude nationale, qui se poursuit jusqu’en mars 2026 de Conakry à l’intérieur du pays, doit servir de boussole aux décideurs. L’objectif est clair : passer d’une gestion de crise à une politique migratoire humaine, adaptée aux réalités locales de la Guinée forestière.
Mamadou Bah, pour Educationactu.com

























