De son enfance à Conakry aux amphithéâtres de l’UGANC, puis de l’UFHB d’Abidjan et de la Sorbonne Paris-Cité, en passant par les couloirs du CHU Donka, Dre Fatoumata Biro DIALLO a fait de la dermatologie bien plus qu’une spécialité médicale, mais plutôt une vocation forgée par la rigueur scientifique, la persévérance et une volonté farouche de soigner. À 36 ans, cette dermatologue guinéenne, aujourd’hui en service à l’hôpital national Donka, incarne une génération de médecins résolument tournés vers l’excellence et l’ouverture internationale.
Née à Conakry, Fatoumata Biro DIALLO grandit dans une famille unie mais fait très tôt face à une épreuve douloureuse qui vraisemblablement a forgé son destin. « Quand j’étais enfant, je présentais une allergie au niveau des pieds. On ne savait pas ce que c’était. Ces dermatoses me fatiguaient beaucoup, surtout pendant les examens », se souvient-elle.
Ce vécu douloureux se transformera en moteur. Aujourd’hui encore, elle considère ces épreuves comme un signe. « Je me dis que depuis fort longtemps, c’était tracé. Je devais faire cette carrière médicale et devenir dermatologue », dit-elle.
Le rôle décisif du père
Issu du monde de la recherche, son père nourrit de grandes ambitions pour ses trois filles. « Arrivées en sixième, il nous a dit : “Vous êtes trois filles, je n’ai pas de garçon. J’aimerais qu’il y ait un médecin dans cette famille” », raconte-t-elle. Si la cadette qu’elle est n’était pas désignée d’office, c’est pourtant elle qui suivra ce chemin. « Mon papa m’a beaucoup inspirée. Il m’a motivée, il m’a dit : tu peux y arriver. C’est ma source d’inspiration », confie-t-elle.
Un parcours académique jalonné d’excellence
Brillante élève, première de sa classe au primaire, en 2006, elle décroche ses deux baccalauréats à Conakry à seulement 17 ans. Dre Biro intègre la faculté de médecine de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, où elle soutient en 2015 sa thèse de doctorat d’État sur le prurit en consultation hospitalière, un travail salué par le jury avec la mention « très honorable ».
Désireuse d’aller plus loin, elle s’oriente en 2018 vers l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan pour une spécialisation en dermatologie-vénéréologie. Quatre années d’études rigoureuses l’amènent à soutenir en août 2022 son mémoire de DES, là encore couronné par une mention très honorable.
Abidjan, Bordeaux et Paris, une ouverture internationale
Son parcours est enrichi par une bourse obtenue en décembre 2022 auprès de la Société Française de Dermatologie, qui lui offre un stage de trois mois à l’hôpital Saint-André de Bordeaux. Elle complète ensuite ses compétences avec un certificat de pédagogie universitaire à Abidjan en 2023, une formation en rédaction médicale à Conakry en 2024, ainsi que plusieurs diplômes universitaires. Tenez, en octobre 2024, un DU international connecté sur le VIH, les hépatites virales, la santé sexuelle et les infections émergentes à Sorbonne Paris-Cité, et en juin 2025, un DU en pharmaco-épidémiologie et pharmacovigilance a l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry.
Retour et engagement en Guinée
Malgré les opportunités à l’étranger, son choix est clair : revenir en Guinée pour servir.
« Le terminus, c’est ici. On ne peut pas tous partir. Il faut qu’il y ait des gens qui restent pour aider cette population », insiste-t-elle.
Depuis mars 2024, elle exerce comme dermatologue à l’hôpital national Donka. Parallèlement, elle est nommée assistante cheffe de clinique en septembre 2024 à l’Université Gamal Abdel Nasser, où elle transmet son savoir aux futures générations de médecins.
Une chercheuse et une militante de santé publique
Active dans la recherche, elle publie et présente régulièrement ses travaux dans des congrès scientifiques en Guinée et ailleurs. Ses communications abordent des thématiques variées, comme les dermatoses pédiatriques, l’acné en milieu scolaire, les réactions lépreuses atypiques ou encore les tumeurs cutanées rares.
Dre Biro s’engage particulièrement contre deux fléaux devenus préoccupants en Guinée. Ce sont les réactions médicamenteuses graves et la dépigmentation volontaire.
« C’est un combat pour moi. J’aimerais aider les femmes à accepter leur peau et leur beauté naturelle », dit-elle avec conviction.
Obstacles et persévérance
Son parcours n’a pas été sans difficultés. De la maladie d’enfance au recouvrement de ses multiples frais d’études à l’étranger, mais aussi son intégration, le chemin est parfois semé d’embûches. « Il y a eu des obstacles financiers, surtout pour ma spécialité en Côte d’Ivoire que j’ai faite sur mes propres fonds », rapporte-t-elle.
Femme dans un domaine exigeant, elle souligne aussi le poids des pressions sociales. « On te dit qu’il faut te marier, faire des enfants. Il faut concilier foyer, recherche et vie personnelle. Ce n’est pas facile », témoigne le Dre Fatoumata Biro DIALLO.
Vie personnelle et philosophie
Mariée, passionnée de sport et de lecture, Dre Diallo revendique un équilibre entre vie familiale et carrière. « J’ai la chance d’avoir un mari qui me comprend parfaitement. Sans lui, mes multiples voyages pour mes formations et conférences scientifiques n’auraient pas été possibles », reconnaît-elle.
Ses journées, partagées entre soins, enseignement et recherche, la stimulent. « Je préfère les journées mouvementées, ça me passionne, ça me réjouit, ça me donne des ailes », affirme-t-elle. Pour se définir, elle choisit trois mots simples, mais plein de sens et de vertu. « Ambitieuse, persévérante, courageuse ».
Sa philosophie de vie est à son image, « il n’y a pas de route toute tracée c’est à chacun de tracer son chemin ».
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