Depuis plus de deux décennies, le Professeur Thierno Mamadou TOUNKARA, médecin dermatovénérologue, consacre sa vie à la lutte contre le VIH. Fort de 20 ans d’expérience, il tire aujourd’hui la sonnette d’alarme sur un danger silencieux : la résistance croissante du virus aux traitements antirétroviraux.
Le traitement antirétroviral (ARV) fonctionne sur un principe simple. Il s’agit de bloquer la réplication du virus. Grâce à aux médicaments, une personne vivant avec le VIH peut aujourd’hui vivre une vie normale. Cependant, ce traitement, aussi efficace soit-il, repose sur une condition qui est fondamentale. C’est sans doute « l’observance rigoureuse ».
La mauvaise prise des médicaments : interruption, oublis, dosage incomplet est l’une des principales causes de la résistance. Ainsi, une fois qu’un patient développe une résistance, les médicaments perdent leur efficacité, laissant le virus libre de se multiplier et de ravager le système immunitaire.
« Les antirétroviraux, ce sont des médicaments qui empêchent le virus de se multiplier dans le corps humain. Mais le VIH n’est pas un adversaire passif. Il évolue, il s’adapte, il résiste. Cependant, un traitement antirétroviral, il marche lorsqu’il est bien pris. S’il ne marche pas, c’est souvent parce qu’il n’a pas été correctement pris », explique le Professeur Thierno Mamadou TOUNKARA.
Déjà 10 % de Résistance en Guinée
Les chiffres sont sans appel. D’après les données nationales, environ 10 % des patients en Guinée présentent une résistance à une catégorie d’antirétroviraux. Et ce taux pourrait s’accroître si rien n’est fait. « Si vous prenez 100 patients, il y a déjà 10 qui sont résistants. Et d’autres peuvent le devenir s’ils ne respectent pas scrupuleusement leur traitement », affirme le Pr TOUNKARA.
Le Professeur insiste sur l’importance de l’éducation thérapeutique. C’est à dire informer les patients, les accompagner, les suivre. Car le moindre relâchement dans la prise du traitement peut anéantir des mois, voire des années d’efforts dans lutte contre le VIH.
Un Virus Toujours en Mutation
Le VIH, et particulièrement le VIH1, le plus courant et le plus transmissible, est redoutable. Il est capable de muter pour contourner les médicaments. Cette capacité d’adaptation rend la lutte contre le virus encore plus complexe et nécessite des technologies de pointe pour identifier rapidement les résistances. « Aujourd’hui, vous le traitez avec un médicament adapté à un virus en chemise à manches longues. Demain, il revient avec des manches courtes. Il change d’apparence pour survivre », explique le Scientifique.
Un Système de Santé encore Fragile
Face à ce défi, les outils de diagnostic demeurent insuffisants. Le plateau technique reste limité en Guinée, rendant difficile la détection des résistances par des analyses de laboratoire. « C’est pourquoi nous plaidons pour un renforcement des capacités de nos laboratoires. Il faut pouvoir identifier le type de résistance pour adapter le traitement. »
Autre problématique cruciale, c’est aussi le financement de lutte contre le VIH. À ce jour, l’essentiel des ressources de la lutte contre le VIH provient du Fonds mondial. Pour le Pr TOUNKARA, les États africains doivent désormais prendre leurs responsabilités. « Il faut que nos États mettent les moyens. Ce sont nos patients, notre population, notre avenir », conseil le Pr TOUNKARA
Vers des Traitements Injectables
Malgré les difficultés, des avancées majeures pointent à l’horizon. Les traitements injectables à longue durée d’action – deux injections par an – sont déjà homologués dans certaines indications. Une révolution en perspective. Cette perspective pourrait transformer radicalement l’adhésion au traitement, en supprimant l’obstacle quotidien de la prise de comprimés. « Aujourd’hui, on est passé de dix comprimés par jour à un seul. Demain, ce sera peut-être deux injections par an », se réjouit le Pr TOUNKARA.
Dépister, traiter, suivre et investir.
La bataille contre le VIH ne sera gagnée que si les piliers de la lutte, dépistage, mise sous traitement, suivi clinique et paraclinique sont renforcés. La charge virale, indicateur clé de l’efficacité du traitement, doit être rendue accessible à tous. « Il faut que la charge virale soit disponible partout en Guinée. C’est la preuve que le traitement marche », exhorte le Pr TOUNKARA.
Le VIH peut être maîtrisé. La science a fait des progrès considérables. Mais face à l’émergence de la résistance aux antirétroviraux, la vigilance est plus que jamais nécessaire. L’avenir de milliers de patients dépend de la capacité des États africains à investir, à éduquer et à suivre.
Pour le Pr Thierno Mamadou TOUNKARA : « Depuis 1997, on a tellement progressé que plus personne ne devrait mourir du VIH. Mais cela suppose un bon traitement, un bon suivi, et un vrai engagement des États ».
Selon un rapport de l’organisation mondiale de la santé (OMS), parmi les enquêtes rapportées, les niveaux de résistance au DTG variaient de 3,9 % à 8,6 %, avec des niveaux atteignant 19,6 % observés chez les personnes ayant une longue expérience des traitements et ayant adopté un TAR contenant du DTG alors qu’elles présentaient une charge virale élevée.
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