De Labé à Kamsar, des dérives filmées et diffusées par des élèves secouent l’opinion publique guinéenne. Faut-il bannir le téléphone des salles de classe ou apprendre aux jeunes à dompter l’outil ? Parents et pédagogues s’affrontent sur la stratégie à adopter.
Le choc des dérives : Quand l’écran devient une arme
Les récents incidents de cyber-harcèlement et de vidéos inappropriées impliquant des lycéennes ne sont plus des cas isolés. Pour de nombreux observateurs, le smartphone en milieu scolaire est devenu un vecteur de délinquance numérique.
Les risques pointés :
Agressions filmées : La mise en scène de la violence pour le « buzz ».
Perte de concentration : Un outil de divertissement plutôt que de recherche.
Érosion de l’autorité : Une difficulté croissante pour les enseignants à cadrer les élèves.
Deux visions, un objectif : Protéger l’élève
Le débat interroge directement la responsabilité des parents et de l’État. Deux courants de pensée se dessinent :
Le camp de la fermeté : « Interdire pour protéger »
Pour Aboubacar Amara CAMARA (Association des parents d’élèves de Taouyah), la demi-mesure n’a pas sa place.
Le constat : « On n’est pas des gendarmes pour surveiller chaque écran. »
La solution : Un bannissement strict. Les recherches doivent se faire à la maison sous supervision ou dans des centres informatiques dédiés à l’école.
Le levier : Restaurer l’autorité de l’enseignant et, selon lui, réhabiliter une certaine forme de discipline traditionnelle.
Le camp de la régulation : « Éduquer plutôt que bannir »
Alhassane OUENDOUNO, directeur des études à Keïtaya, prône une approche plus nuancée.
Le constat : Le numérique est l’avenir. Exclure le téléphone, c’est risquer de créer des analphabètes digitaux.
La solution : Une réglementation stricte (consigner les téléphones à l’entrée) et un contrôle parental rigoureux sur les applications (bloquer TikTok, Facebook, etc.).
Le levier : Transformer le smartphone en un pur outil pédagogique.
La responsabilité parentale au banc des accusés
Au-delà de l’école, c’est le rôle de la famille qui est central. « Nourrir le corps de l’enfant est important, mais il faut aussi nourrir son esprit », rappelle M. OUENDOUNO. L’achat d’un smartphone ne doit pas être un acte de démission parentale, mais le début d’un accompagnement vigilant.

























