Pourquoi partir au péril de sa vie ? Après avoir sillonné 18 localités de la Guinée, le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD) a clôturé ce samedi 21 février 2026, à l’Université Général Lansana CONTE de Sonfonia-Conakry dans la salle du GESCOP , une étude anthropologique majeure. Soutenue par l’Union européenne à travers le projet AMIS (Accompagnement, Mobilité, Insertion et Sensibilisation), cette initiative est mise en œuvre par Enabel et Expertise France, en étroite collaboration avec les autorités guinéennes. Grâce à l’appui financier du Ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, une étude anthropologique sur les imaginaires de la migration a été réalisée. Cette immersion de deux mois révèle enfin les ressorts invisibles qui poussent la jeunesse vers l’exil clandestin.

Migration en Guinée : Du fait culturel au défi sécuritaire
Une mutation profonde : Traditionnelle par le passé, la migration devient aujourd’hui majoritairement irrégulière et frappe de plein fouet la jeunesse.
Une riposte globale : Face à l’urgence, les organisations locales et internationales unissent leurs forces.
L’objectif : Passer de la simple observation à des actions concrètes de sensibilisation pour freiner les départs clandestins.

L’immersion totale : Au-delà des simples formulaires

L’équipe du Dr Alioune BAH, Enseignant-Chercheur et Coordinateur des opérations du projet au CIRD a refusé les méthodes de bureau pour privilégier l’observation participante. Vivre avec les familles, décoder les non-dits et recueillir des récits de vie a permis de cartographier précisément le phénomène de Conakry à N’Zérékoré.

Une approche en deux temps :
Collecte intensive : Enquêtes de terrain et entretiens profonds pour identifier les leviers socioculturels du départ.
Restitution régionale : Des ateliers à Forécariah, Boké, Kindia, ou encore Kankan pour confronter les résultats aux réalités des communautés.

Des révélations qui bousculent les idées reçues
L’atelier de Conakry a mis en lumière des points de friction majeurs entre l’imaginaire social et la réalité institutionnelle :
Le poids de la famille : Le Pr Momoya SYLLA, Vice Recteur de l’UGLCS-Conakry a dénoncé la persistance de parents qui, par méconnaissance, encouragent encore l’aventure clandestine.

Le choc du retour :

Le témoignage de Souleymane BAH (Chef secteur à Bomboli) a rappelé la dure réalité de cinq années d’errance, exhortant les jeunes à investir leur énergie localement.

Dr Faya Moïse SANDOUNO , Enseignant-Chercheur coordonnant les travaux dans la zone de Conakry, a partagé avec l’audience les principaux résultats de son rapport. Cette présentation a permis d’analyser finement les perceptions liées à la migration irrégulière, tout en soulignant l’importance d’intégrer les réalités locales dans les politiques migratoires.

De son côté, M. Yassine SOW, Président de l’Association des cadres et techniciens œuvrant pour le développement de la Guinée (ACTOG), estime que cette étude pourrait dissuader les jeunes tentés par l’aventure clandestine. Il rappelle le bilan tragique de l’exil : ceux qui ne périssent pas en mer ou dans le désert reviennent souvent affaiblis, malades et confrontés à une réinsertion administrative complexe.

Les résultats de l’étude permettent désormais de brosser un portrait précis des candidats à la migration et d’en décrypter les motivations profondes. Thierno Sadio BALDE, Directeur Technique au Ministère des Affaires étrangères, a salué un travail qui « met en lumière les véritables profils des migrants et aide l’État à comprendre les raisons réelles de leur départ.
Adaptation des messages : L’étude prouve que la sensibilisation actuelle doit évoluer pour devenir plus crédible et plus proche des vécus locaux.
Le Projet AMIS : Un bouclier pour une migration sûre
Le projet AMIS ne se contente pas de chiffres. Ses piliers sont désormais consolidés par l’expertise scientifique du CIRD :

-Réintégrer dignement les migrants de retour.
-Prévenir les risques de traite et de mort en mer.
-Informer sur les voies de migration régulières et sécurisées.
Le CIRD : Une expertise certifiée au service de l’État
Portée par le premier centre de recherche indépendant de Guinée, cette étude bénéficie de la double caution du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de son statut d’organisme reconnu d’utilité publique. Une garantie de rigueur et d’indépendance pour l’analyse des politiques migratoires.
SOW Telico, pour Educationactu.com


























