« Comment une nation peut-elle se réconcilier avec elle-même sans connaître son histoire ? »
Cette question, à la fois simple et puissante, a résonné ce mercredi 12 novembre 2025 dans l’amphithéâtre Djibril Tamsir NIANE de l’Université Général Lansana CONTE de Sonfonia, à l’occasion d’un colloque consacré à la justice transitionnelle en Guinée.

Organisée en présence de représentants du Conseil national de la transition (CNT), de la Primature, du Ministère de la Justice, de l’Ambassade de France et de l’Institut Louis JOINET, cette rencontre a permis de croiser les regards du Philosophe Dr Alioune BAH, Vice-Doyen Chargé de la Recherche, et de l’Historienne Dre Safiatou DIALLO, Fondatrice du Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD).
Dre Safiatou DIALLO : “Écrire l’histoire, c’est réparer la mémoire collective”
Dans une communication conjointe, les deux chercheurs ont interrogé les voies d’une réconciliation nationale durable, fondée sur la vérité et la mémoire. Pour Dre Safiatou DIALLO, la réconciliation ne peut se construire sans une écriture collective et apaisée de l’histoire nationale.
« La Guinée ne manque pas d’histoires ni d’historiens conscients des enjeux. Elle manque d’un récit global commun », a-t-elle déclaré, appelant l’État à garantir la liberté scientifique nécessaire à cette entreprise mémorielle.
L’Historienne a insisté sur la nécessité d’un récit inclusif, qui reconnaisse toutes les voix longtemps marginalisées : celles des femmes, des jeunes, des régions et des familles meurtries.
Selon elle, “écrire l’histoire, c’est un acte de réparation symbolique, un moyen de redonner voix à ceux qui ont été réduits au silence et de relier les mémoires dispersées.”
Pardon et Vérité : Deux Piliers de la Réconciliation
De leur côté, Dr Alioune BAH et Dre Safiatou DIALLO ont rappelé que le pardon, loin d’être un oubli ou un renoncement, constitue un acte éthique, une rupture avec la haine.
S’appuyant sur la pensée d’André Comte-Sponville, ils ont souligné que « pardonner, ce n’est ni oublier ni effacer », une réflexion qui résonne fortement dans une Guinée encore marquée par les traumatismes du Camp BOIRO, les répressions des années 1980, et les événements du 28 septembre 2009.
« Le pardon ne peut émerger que de la vérité. Sans écoute et sans justice, aucun apaisement durable n’est possible », ont-ils insisté.
Une Caravane Nationale Pour Rapprocher les Citoyens de la Justice Transitionnelle
Profitant de cette tribune, Dre Safiatou DIALLO a annoncé le lancement prochain d’une Caravane nationale de formation et de sensibilisation sur la justice transitionnelle, portée par le CIRD avec l’appui financier de l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone.
Cette initiative vise à rapprocher les concepts de vérité, réparation et réconciliation des citoyens, à travers des formations, des rencontres communautaires et des animations culturelles itinérantes.
La Jeunesse Au Cœur du Processus
En s’adressant aux Étudiants, Dr Alioune BAH et Dre Safiatou DIALLO ont posé deux questions essentielles:
Est-il nécessaire de pardonner ?
Est-il nécessaire d’écrire l’histoire générale de la Guinée ?
À en croire les échanges nourris qui ont suivi, la nouvelle génération semble prête à relever ces défis, consciente que la paix durable se construit à la fois dans les mémoires et dans les cœurs.
Educationactu.com et CIRD

























