Depuis plus d’un an, la capitale guinéenne est passée administrativement de cinq à treize communes urbaines. Une réforme entérinée par décret et qui a pour objectif affiché de rapprocher les services de base des citoyens, améliorer la gouvernance locale et créer une dynamique de développement équitable. Mais, si les présidents des délégations spéciales de ces communes urbaines ont été nommés dans les nouvelles circonscriptions, certains secteurs peinent encore à suivre le rythme du redécoupage. C’est notamment le cas de l’Éducation qui comptent toujours 5 directions communales, malgré la réalité du découpage administratif. Une situation plutôt inconfortable à quelques semaines de la tenue des examens nationaux dans l’Enseignement Pré-Universitaire.
À l’approche des Examens Nationaux de la session 2025, une question agite les esprits : quelles conséquences cette lente adaptation administrative pourrait-elle avoir sur la situation des candidats issus des nouvelles communes ? Sur le terrain, des questions se posent, alimentées par un flou institutionnel persistant.
Pour mieux comprendre la réalité derrière les procédures, notre reporter a donné la parole à Mohamed Ansa DIAWARA, Directeur du Centre des ressources documentaires et porte-parole du Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation (MEPU-A). Selon lui, l’inertie apparente du système éducatif face à la nouvelle cartographie communale est volontaire et relève du pragmatisme. « Dès l’ouverture des écoles, les inscriptions ont eu lieu dans les cinq anciennes communes. Les examens sont donc logiquement organisés selon cette configuration. »
Autrement dit, l’administration Scolaire continue de fonctionner, selon l’ancien découpage, faute de nomination des nouveaux directeurs communaux de l’éducation (DCE). Mais pour le porte-parole du MEPU-A, cela ne constitue ni un blocage ni une urgence : « L’école continue de fonctionner normalement. L’enseignement est assuré. Les enfants seront évalués. »
Si la réforme est actée dans les textes, son application concrète reste inachevée. « La division administrative est faite, mais elle n’est pas encore traduite dans les structures éducatives, car cela implique des nominations en chaîne. Ce n’est pas comme dans d’autres secteurs où l’absence de cadres peut paralyser l’activité. L’école avance. L’inscription des candidats aux examens nationaux s’est faite dès novembre. On ne peut plus revenir en arrière pour redécouper les listes selon les nouvelles communes. »
Concernant les Élèves, le MEPU-A se veut rassurant. Les examens se tiendront dans les conditions habituelles, sans incidence pour les candidats issus des nouvelles communes. « Les écoles ne sont pas physiquement déplacées. Les enfants continuent de fréquenter les établissements dans les zones qu’ils connaissent. Ils passeront leurs examens là où ils ont été inscrits. »
Cependant, la situation n’est pas sans soulever des interrogations sur le long terme. Que se passera-t-il pour les statistiques, la planification éducative, le déploiement des ressources ou encore la gestion administrative locale, si le décalage persiste ? « Dans la culture générale, quand on demande aujourd’hui aux enfants combien de communes compte Conakry, ils répondent : treize », affirme-t-il. Pour lui, cela prouve que la réforme territoriale a déjà ancré une nouvelle réalité dans les esprits. Mais cette perception se heurte à un système éducatif encore en transition, contraint de fonctionner avec des outils d’un autre temps.
Le Ministère attend simplement la signature présidentielle pour mettre en place les nouvelles directions communales. « Dès que les DCE seront nommés, les locaux seront trouvés, les équipes constituées, et le système s’adaptera. Il n’y a pas d’obstacle technique majeur », assure Ansa DIAWARA.
En attendant, le Ministère navigue entre continuité administrative et anticipation silencieuse. Une forme de gestion à flux tendu, qui ne dit pas son nom, mais qui pourrait à terme freiner l’harmonisation des politiques Éducatives locales, notamment en matière de décentralisation et de gestion autonome. Même si les Examens de cette année ne seront pas perturbés, le retard dans la mise en place des structures Éducatives dans les nouvelles communes pose une question de fond : celle de la cohérence entre les réformes territoriales et leur traduction institutionnelle. Une réforme ne se mesure pas seulement à l’aune des décrets, mais aussi à celle de sa mise en œuvre concrète. Et pour l’instant, à Conakry, l’Éducation avance, mais avec un pied dans l’ancien monde.
Guineematin

























