Véritable fleuron de l’innovation en Guinée, l’Institut Supérieur de Technologie (IST) de Telico à Mamou brille par ses succès nationaux et internationaux. Pourtant, derrière la vitrine de l’excellence académique et des usines d’assemblage, les étudiants de ce pôle technologique évoluent dans un quotidien marqué par le système D. Manque de dortoirs, transports saturés et cherté de la vie : enquête sur un paradoxe guinéen.
Un parcours du combattant pour se loger et se nourrir
Pour les nouveaux bacheliers orientés vers les hauteurs de Mamou, l’immersion commence souvent par une quête désespérée. En l’absence de cités universitaires intégrées au campus, la recherche d’un toit devient le premier obstacle à la réussite.
« Quand j’ai été orienté ici, je ne connaissais personne. Il a fallu de longues recherches avant qu’une famille ne m’héberge par solidarité », témoigne Amadou BARRY. Son constat est sans appel : le marché immobilier local est saturé et les prix s’envolent. « Beaucoup de nos amis n’ont toujours pas de toit stable », regrette-t-il. À cette crise du logement s’ajoute une inflation alimentaire qui pèse lourdement sur les bourses étudiantes, rendant les fins de mois précaires malgré le soutien parental.
Le défi du transport : « 60 places pour des milliers d’étudiants »
L’éloignement géographique de l’institut par rapport au centre-ville de Mamou constitue un autre frein majeur. Si le ministère a mis à disposition un bus, celui-ci est loin de répondre à la demande croissante.
Mamadou 2 KEITA, étudiant en fin de cycle (L4), explique la logistique complexe : « L’institut est distant. Le bus de 60 places ne fait que deux tours par jour. Pour la majorité d’entre nous, l’attendre est impossible, ce qui nous oblige à engager des frais de transport supplémentaires alors que nos moyens sont limités. »
L’innovation dans l’ADN, malgré le déficit d’équipements
Paradoxalement, c’est dans ces conditions difficiles que l’IST de Telico signe ses plus belles victoires. L’institut est devenu une référence en matière de « Made in Guinea » grâce à son usine d’assemblage d’ordinateurs et de tablettes qui équipent désormais plusieurs universités du pays.
Mohamed Salif CAMARA, point focal de l’innovation (UNIPOD), rappelle avec fierté que l’expertise de Telico dépasse les frontières : « Nous avons remporté le premier prix de l’innovation contre le COVID-19 au Congo-Brazzaville. Ici, nous fabriquons des couveuses d’œufs et les feux de signalisation que vous voyez à Mamou et Kankan. »
Cependant, pour maintenir ce rang, les étudiants réclament des outils à la hauteur de leurs ambitions. « Dans nos filières, la pratique est reine. Il nous faut une connexion internet stable et plus d’équipements de pointe », insiste Mamadou 2 KEITA.
Un appel pressant aux autorités
Si la résilience des étudiants et la qualité du corps professoral permettent aujourd’hui à l’IST de briller, l’équilibre reste fragile. Les apprenants lancent un appel direct au Président de la République et au ministère de l’Enseignement Supérieur.
L’enjeu est clair : transformer ce pôle d’innovation en un véritable campus moderne doté de dortoirs et de moyens de transport adéquats. Investir dans le confort des étudiants de Telico, c’est avant tout garantir que le drapeau guinéen continue de flotter au sommet de la technologie africaine.
De retour de Mamou, SOW Telico pour Éducationactu.com

























