Le Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation a annoncé récemment la rentrée scolaire 2025-2026 pour le 15 septembre. Cette date continue de faire débat dans le milieu scolaire et chez les parents d’élèves. Alors que le département justifie ce choix par la nécessité de s’aligner sur les taux horaires des pays comme le Sénégal ou le Maroc, parents d’élèves, enseignants et responsables d’écoles expriment leurs inquiétudes. Dans le premier numéro du dossier consacré à cette rentrée scolaire, allureinfo.net prend la température de la situation dans les écoles. Entre campagne référendaire, crise de liquidité et préparatifs de la fête du 02 octobre, les inquiétudes financières se mêlent aux craintes sécuritaires.
Nous sommes allés à la rencontre de responsables et d’enseignants dans plusieurs établissements scolaires. Tous ont partagé leur niveau de préparation à quelques jours de la rentrée, tout en réagissant à la décision des autorités qui ont fixé la réouverture des classes au 15 septembre 2025.
Dans le secteur privé, cette échéance fait naître de nombreuses inquiétudes, notamment sur le plan logistique et financier. À l’inverse, certaines écoles publiques assurent qu’elles sont déjà prêtes à accueillir les élèves à la date annoncée.
Pression sur les parents d’élèves
À Matoto par exemple, un directeur d’études est inquiet pour les parents. Mamadou Bah, Directeur des études du Groupe scolaire Garaya 2, ne cache pas ses réserves. Pour lui, la date est intenable. « Si l’on considère la date de la décision et celle prévue pour la reprise, le délai est trop court pour les parents. Vu la précarité qui sévit actuellement, il sera très difficile de respecter cette échéance. »
Le responsable évoque les frais d’inscription, les fournitures, les uniformes scolaires, des charges qui s’accumulent alors que l’accès même à l’argent est compliqué pour de nombreux Guinéens. « Imaginez un parent ayant cinq, six, voire dix enfants à charge. Même ceux qui ont de l’argent sur leur compte ou dans les services de transfert mobile n’y accèdent pas facilement. C’est quasiment insoutenable », soupire-t-il.
Il redoute aussi des tensions dans les écoles privées. « Les enseignants pourraient réclamer un mois supplémentaire de salaire à cause des quinze jours ajoutés. Et certains fondateurs pourraient facturer dix mois de scolarité au lieu de neuf. »
À Dixinn, une école publique est déjà en mouvement. Dans la cour de l’école primaire Dixinn Centre 1, l’ambiance est différente. Des élèves, balais à la main, nettoient les classes pendant que des ouvriers mettent les dernières couches de peinture sur les murs. Souleymane Conté, maître au CM1, affiche un large sourire. « Comme vous pouvez le constater, nous sommes en pleine préparation. La peinture est presque terminée, les enseignants déposeront leurs cahiers de préparation le 8 septembre. Nous n’avons pas attendu l’aide de l’État : la Directrice a financé les travaux sur ses propres moyens. »
Ici, on se dit « prêt à 80 % » et on promet de respecter le calendrier fixé. « Le 8, ce sera la rentrée administrative. Et le 15, on reprendra les cours. »
Discours différent dans le privé
Dans une école privée située à Coyah, la Direction que nous avons interogée sous couvert d’anonymat s’inquiète. La rentrée au milieu du mois paraît peu réaliste. « Partout, on commence au début du mois, pas au milieu. Le 15, les parents ne viendront pas. Ils vont prioriser les besoins essentiels, pas payer un mois complet pour dix jours de cours. Pendant ce temps, nous devons payer nos professeurs sans avoir encaissé les frais de scolarité. »
Pour les responsables, l’objectif du ministère qui est de combler la différence d’heures de cours avec d’autres pays ne peut pas être atteint par « dix jours supplémentaires ».
Même son de cloche chez Mouctar KALISSA, Professeur de Biologie au Groupe Scolaire Privé Sagalé de Dixinn.
« La plupart des enfants sont encore en vacances. Et avec ces pluies, c’est difficile de les laisser sortir. Il y a aussi l’aspect mental : ni les parents ni les élèves ne sont prêts. Nous allons nous réunir cette semaine pour en discuter, mais selon moi, la date doit être revue. »
Au cours de ce reportage, nos sources ont révélé que la date du 15 septembre 2025 avait en réalité été fixée depuis l’année dernière. Cependant, l’information serait restée confinée aux cercles décisionnels, notamment au niveau des Inspections Régionales de l’Éducation (IRE), sans être largement partagée. Ces mêmes sources estiment qu’à l’avenir, il serait nécessaire que tous les acteurs concernés soient informés en temps utile, afin d’éviter ce type de situation.
Entre écoles publiques qui s’activent déjà et établissements privés qui tirent la sonnette d’alarme, la rentrée du 15 septembre s’annonce contrastée. Pour beaucoup, au-delà du symbole d’une reprise plus tôt, c’est surtout la réalité du terrain, les finances des familles, les conditions des écoles et la météo qui décideront si les cours reprendront vraiment à la date fixée.
Allureinfo

























