Professeur en Intelligence Artificielle à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Coordonnateur du projet de la Cité des Sciences et de l’Innovation de Guinée, Abdoulaye Baniré DIALLO revient sur la genèse, les ambitions et les premières réalisations de ce projet phare, voulu par les autorités guinéennes.
Education Actu.com : Bonjour Professeur DIALLO, merci d’avoir accepté notre invitation. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de la Cité des Sciences et de l’Innovation de Guinée ?

Professeur Abdoulaye Baniré DIALLO : Oui, bonjour, et merci pour l’invitation. Il faut d’abord rappeler que l’initiative de la Cité des sciences est un projet inscrit parmi les priorités présidentielles. Elle s’inscrit dans la volonté de catalyser la recherche et l’innovation en République de Guinée. L’État a donc estimé nécessaire de se doter d’un dispositif capable de porter cette ambition à travers un moteur structurant du développement scientifique et technologique du pays.
Le mandat de conceptualisation a été confié au Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Dr Alpha Bacar BARRY. Plusieurs équipes avaient déjà travaillé en amont sur des recommandations politiques, et le ministre a effectué une tournée des centres de recherche. Lors de sa visite au CERESCOR, un centre alors en friche, il a décidé d’en faire le site pilote de la future Cité des sciences et de l’innovation.
Il m’a ainsi demandé, à la mi-juin 2024, de coordonner une équipe pour concevoir le projet. Et le 19 juillet 2024, les travaux ont officiellement été lancés.
Qu’est-ce qu’une Cité des sciences et en quoi ce projet est-il novateur pour la Guinée ?
C’est effectivement un projet nouveau dans le paysage guinéen. Une Cité des Sciences a pour vocation de structurer et d’orienter les activités scientifiques et d’innovation, tout en jouant un rôle de vulgarisation auprès du grand public. C’est un espace de convergence entre chercheurs, innovateurs, industriels, élèves, étudiants et citoyens curieux de science.
Les retours que nous avons jusqu’ici sont très positifs. Des représentants du monde industriel, académique ou du développement nous disent clairement que cette cité répond à des besoins concrets. Elle vise aussi à insuffler aux jeunes générations le goût de la science et à fournir aux secteurs techniques une expertise nationale de qualité.
À qui s’adresse cette Cité des sciences ?
Elle s’adresse à tous les Guinéens. L’objectif est que chaque citoyen, quel que soit son âge ou son niveau, puisse en bénéficier. Les plus jeunes pourront assister à des conférences scientifiques ou découvrir des expositions ludiques dans notre micro-musée. Les élèves pourront manipuler des robots ou écouter des chercheurs vulgariser leurs travaux.
Les chercheurs et professionnels, quant à eux, trouveront un environnement d’expertise, de documentation et de formation pour appuyer leurs projets. En résumé, la Cité veut créer une société guinéenne fondée sur le savoir.
Est-ce que la Cité a une ambition régionale, au-delà de la Guinée ?

Absolument. Même si elle est basée à Conakry, la Cité a pour vocation de rayonner à l’échelle sous-régionale. D’ailleurs, plusieurs experts internationaux, notamment du CAMES ou du WASCAL, ont salué cette initiative comme avant-gardiste. Deux pays voisins nous ont récemment fait savoir qu’ils comptent s’inspirer du modèle guinéen pour développer leur propre cité des sciences.
Le site est toujours en chantier. Comment cela affecte-t-il le fonctionnement ?
C’est une très bonne question. La Cité des sciences est un environnement d’innovation, y compris dans son mode de développement. Nous n’avons pas attendu que tous les bâtiments soient finalisés pour démarrer les activités. Le site fait 4,5 hectares. Plutôt que d’adopter une approche classique « clé en main », nous avons opté pour un déploiement progressif : rénover, utiliser, étendre, puis aménager.
Nous avons déjà achevé la rénovation du bâtiment R+7, de la salle événementielle, du restaurant et de la zone VIP. Le reste suit graduellement. Le chantier continue, mais la Cité est déjà fonctionnelle.
Quelles sont les réalisations concrètes depuis le lancement ?

Depuis septembre 2024, nous avons constitué une équipe dédiée à la programmation scientifique et technologique. Nous avons sondé les centres de recherche pour identifier les besoins prioritaires, et nous avons lancé plusieurs projets structurants.
À ce jour, 22 projets sont soit déjà en cours, soit en phase de conception ou de recherche de financement. Nous avons même sécurisé notre premier million de dollars d’actifs, ce qui démontre la viabilité du modèle. L’objectif est aussi que la Cité soit en mesure, à terme, de s’autofinancer en partie.
Vous êtes reconnu pour vos travaux en intelligence artificielle. Pouvez-vous nous parler de leur impact ?


Effectivement, je travaille principalement dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) appliquée aux sciences du vivant. C’est un domaine en pleine expansion, avec des applications dans la santé, l’agriculture, l’environnement, la gestion de l’eau ou encore le changement climatique.
Avec mon équipe, nous avons développé plus de 25 outils d’IA, et publié plus d’une centaine d’articles scientifiques. L’IA offre à l’Afrique une opportunité unique de « leapfrog », c’est-à-dire de sauter certaines étapes pour accélérer sa transition technologique.
Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir en Guinée pour ce projet, vous qui êtes établi à Montréal ?

C’est une question importante. J’ai toujours gardé un lien fort avec mon pays. J’ai grandi à Conakry, j’ai étudié à Sainte-Marie puis à Kamsar. Après un doctorat à McGill et un post-doc au MIT, je suis devenu professeur à l’UQAM.
Mais quand le ministre Alpha Bacar BARRY m’a sollicité pour coordonner ce projet, j’ai vu une opportunité concrète de contribuer à la transformation du pays. Je suis actuellement en congé sabbatique pour accompagner cette aventure. Je pense que chaque Guinéen qui en a la capacité devrait trouver une manière, à son échelle, de mettre son savoir au service de la nation.
Merci beaucoup Professeur. Un dernier mot ?


Merci à vous pour l’opportunité de partager cette vision. Ce que nous construisons est un héritage pour la jeunesse guinéenne et africaine. La science est universelle, et notre Cité ambitionne d’être un carrefour de savoirs au cœur de l’Afrique de l’Ouest.

Interview réalisé par : SOW Telico, pour Education Actu.com
Tel: 00224 628 43 79 52
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