Installé en Arabie Saoudite après un parcours académique et professionnel remarquable entre l’Europe et l’Amérique du Nord, Marwan DIALLO est un expert reconnu en micro-électronique et en nanotechnologies. De passage en Guinée, ce spécialiste aujourd’hui engagé dans les domaines des énergies du futur et des ressources minérales pose un regard lucide, parfois sévère, sur les faiblesses structurelles du système éducatif guinéen. Entre urgence d’une réforme de fond, décentralisation des infrastructures et valorisation des langues nationales, il partage sans détour sa vision pour bâtir une école guinéenne plus performante et compétitive.
Entretien exclusif accordé à Educationactu.com. Lisez.
Educationactu.com : Pouvez-vous vous présenter et retracer votre parcours ?
Marwan DIALLO : Je suis Marwan DIALLO, Spécialiste en micro-électronique et en nanotechnologies, installé en Arabie Saoudite depuis près de 15 ans. J’ai effectué mes études secondaires en Guinée avant d’entamer deux années de médecine à Conakry. J’ai ensuite poursuivi un cursus d’ingénierie à Grenoble, puis au Canada, à l’Université de Sherbrooke, en génie électrique. J’ai complété cette formation par un Master en ingénierie physique à Grenoble.
Sur le plan professionnel, j’ai travaillé successivement en France, au Canada, en Belgique, avant de m’installer en Arabie Saoudite.
Quelle est votre spécialité aujourd’hui ?
Mon domaine d’expertise porte sur l’infiniment petit : les nanotechnologies, la micro-électronique, et plus récemment la géophysique appliquée ainsi que l’imagerie et la spectroscopie électronique des matériaux minces.
En Arabie Saoudite, j’applique ces technologies aux secteurs stratégiques de l’énergie, notamment la production et le stockage de l’hydrogène vert, la capture du CO₂, ainsi que l’optimisation des mécanismes d’extraction pétrolière à travers l’étude des roches. En parallèle, je collabore à des projets médicaux, notamment sur la conception de pompes cardiaques et le développement de matériaux autonettoyants.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le système éducatif guinéen ?
Le constat est malheureusement alarmant. Nous avons perdu la rigueur intellectuelle qui faisait autrefois la force de notre système éducatif, aussi bien dans l’enseignement traditionnel que dans l’enseignement académique moderne. Aujourd’hui, même certains cadres peinent à rédiger correctement un document officiel sans fautes majeures de forme ou de fond.
Cela traduit une médiocrité généralisée. Si la Guinée veut s’inspirer de modèles performants comme Singapour ou la Corée du Sud, il faut impérativement engager une réforme profonde, structurelle, qui commence à la base, loin des slogans politiques et des réformes de façade.
Quelles pistes concrètes proposez-vous pour une réforme efficace ?
La première étape est un diagnostic honnête et courageux. Il faut enseigner dans nos langues nationales au primaire afin de faciliter l’acquisition des savoirs fondamentaux, tout en introduisant l’anglais dès les premières années scolaires.
Par ailleurs, le niveau de recrutement des enseignants doit être drastiquement relevé : un instituteur du primaire devrait, au minimum, être titulaire d’une licence. Le laxisme des années 1990, marqué par des recrutements sans qualifications solides, a gravement rompu la chaîne de transmission du savoir.
Le manque de moyens est-il, selon vous, la cause principale de ce déclin ?
Non. Les moyens existent, mais les priorités sont profondément déséquilibrées. On consacre des ressources considérables à des secteurs non urgents, comme l’armement, alors que le pays n’est pas en situation de guerre, pendant que l’éducation et la formation sont reléguées au second plan.
L’État doit investir dans la structuration du système éducatif et encourager l’entrepreneuriat, plutôt que de pousser toute une génération vers la fonction publique. Il est moralement inacceptable de voir circuler des voitures de luxe à Conakry pendant que, dans l’arrière-pays, des enfants étudient sous des hangars, sans tableaux ni conditions minimales d’apprentissage.
Seriez-vous prêt à mettre votre expertise au service de la Guinée ?
Je n’ai, à ce jour, reçu aucune sollicitation officielle. Toutefois, je reste ouvert à toute forme de collaboration sérieuse, notamment dans le cadre de la formation, du transfert de compétences ou de partenariats institutionnels.
Mon engagement dépendra avant tout du cadre proposé : il devra être clair, structuré, et servir exclusivement l’intérêt supérieur des Guinéens, dans une vision à long terme.
Quel message souhaitez-vous adresser aux populations et aux autorités ?
Aux parents, je dis ceci : reprenez pleinement votre rôle d’éducateurs. L’école ne peut pas tout assumer seule. Les valeurs fondamentales, respect, discipline, courage, abnégation, se transmettent d’abord au sein de la famille.
Aux autorités, je lance un appel à la responsabilité : la Guinée a besoin d’une politique éducative cohérente, lisible, vulgarisée et surtout décentralisée. Tout ne doit pas être décidé ni exécuté uniquement à Conakry. L’avenir du pays se joue dans ses écoles.
Entretien réalisé par SOW Telico et Amadou Sadjo DIALLO




















